Section IUne vie

Résultat de plusieurs années de recherches minutieuses, notre biographie exhaustive de Richard Wagner rassemble la plupart des informations connues à ce jour sur la vie du compositeur de la Musique de l’Avenir. Ces informations proviennent notamment des propres écrits du compositeur, ainsi que de correspondances et informations recueillies par les témoignages écrits de ses proches.

Réparties en neuf périodes, chacune de ces sections permet d’accéder à la chronologie complète, année après année, du compositeur.

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I. L’ANNEE 1813 EN ALLEMAGNE

Miniature-1-1813

 

En 1813, les pays allemands ne se confondent plus avec le Saint-Empire romain germanique (das heilige römische Reich deutscher Nation) fondé en l’an 962 par Othon le Grand  et constitué au début du XIXème siècle d’environ trois cent soixante états indépendants, vastes ou minuscules. En effet Napoléon, et d’abord Bonaparte, est passé par là : la Diète allemande a dû enregistrer les remaniements territoriaux prévus par le Premier Consul ; c’est le Recez de 1803 qui a  ramené à quatre-vingt-deux le nombre des États de l’Empire.

Les entités supprimées, villes libres ou territoires  ecclésiastiques, servent à indemniser ou récompenser les souverains, clients de la politique française, ainsi la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg. Dès 1804, le dernier empereur romain, le Habsbourg François II, renonce à cette dignité et devient François Ier, empereur d’Autriche. Enfin, en 1806, le Saint Empire en tant que tel disparaît. Avec les États du sud et de l’ouest de  l’Allemagne, Napoléon crée la Confédération du Rhin (Rheinbund) dont il se déclare le protecteur. Certes, l’arbitraire procéda à l’établissement des frontières de ces nouveaux territoires, mais ils ont fait leurs preuves et ils se sont maintenus au cours du XIXème siècle et même souvent jusqu’à la guerre de 14-18.

MVRW Picto Section 1

MVRW Friedrich August I

Dans la terre natale de Wagner, au temps du Saint-Empire, le duc de Saxe était un Grand Électeur et deux des souverains régnant au XVIIIème siècle, Auguste Ier et Auguste II,  furent rois de Pologne. Après la paix de Tilsitt en 1807, l’empereur des Français fit du duc de Saxe un roi et le royaume entra dans la Confédération du Rhin. C’est donc sous le règne de Frédéric-Auguste Ier que Wagner naît le 22 mai 1813. La Grande Histoire, bruyante et sanglante, se manifeste peu après cette date. Après la désastreuse Campagne de Russie qui a épuisé les deux adversaires, Napoléon n’est pas au bout de ses peines, et c’est de Prusse que part le signal de la croisade anti-française. Le roi Frédéric-Guillaume III, un maître en matière d’hésitations et de revirements, se laisse convaincre par son épouse, la reine Luise, par ses hommes d’État, ses généraux, ses philosophes (Fichte), ses étudiants et conclut avec le tsar Alexandre un traité d’alliance, le 28 février 1813.

C’est alors la fameuse Campagne de 1813 qui se déroule essentiellement en Saxe en deux séries d’opérations séparées par un armistice et des négociations. La campagne de printemps fut marquée par les victoires françaises de Lutzen et de Bautzen sur les alliés russes et prussiens, et avec l’arbitrage de l’Autriche de Metternich se conclut par un armistice, le 4 juin. Peu après, Napoléon cherche vainement à négocier avec le Chancelier d’Autriche à Dresde, si bien qu’au mois d’août, l’Autriche s’allie avec les deux autres puissances pour former la coalition générale qui engage la campagne d’été. La bataille décisive est  livrée à Leipzig, du 16 au 18 octobre, celle qu’on a appelée “la Bataille des Nations” (die Völkerschlacht). Sans affirmer que ce bruit et cette fureur ait pu toucher le petit Richard,  nourrisson de six mois à peine, on peut du moins dire que de cette défaite napoléonienne va naître un autre monde qui est celui dans lequel Wagner vivra sa jeunesse. Comme l’écrit son biographe Martin Gregor-Dellin, “la vie de Richard Wagner ne se déroula pas parallèlement à l’Histoire ; dès l’origine toutes deux sont tellement solidaires qu’il nous faut étudier en détail  leur interaction.”

MVRW Bataille des Nations

MVRW Picto Section 1

Parmi ces détails, celui-ci qui marque l’imagination des citoyens adultes : comprenant que l’affaire est perdue, Napoléon galope à travers la ville de Leipzig et prend la fuite. Son allié, le roi de Saxe, est fait prisonnier, mais ses troupes étaient passées dans le camp  prussien au cours du combat. Après la bataille, tous les vainqueurs, le prince héritier de Suède Bernadotte, le tsar, le roi de Prusse, l’empereur d’Autriche, se réunissent sur la place du marché ;  on peut imaginer ce spectacle : les généraux, les aides de camps, les uniformes, les plumets  multicolores… Leur entretien scelle l’acte de naissance du Congrès de Vienne.

Il est indéniable que de tels événements vont marquer indirectement un jeune enfant qui naît le 22 mai 1813 : l’angoisse de la famille, la proximité des opérations militaires, l’incertitude pour la vie quotidienne, les souvenirs d’horreur et de gloire qui seront évoqués plus tard. De plus, un fait concret se rattache à l’événement : l’accumulation de morts et de blessés dans la petite ville de Leipzig déclenche une épidémie de typhus. Le père de Richard, fonctionnaire de police, en est atteint et en meurt le 23 novembre 1813. L’enfant est orphelin de père : la Grande Histoire l’a déjà marqué ! On connaît bien la suite de la bataille de Leipzig : la campagne de France, la capitulation de Paris, la chute de l’empire. Napoléon abdique et part pour l’île d’Elbe.

MVRW La Bataille de Paris

MVRW Picto Section 1

Le Traité de Paris  du 30 mai 1814 prive la France de ses frontières naturelles. Puis ce sont les Cent Jours, Waterloo et le Congrès de Vienne qui a pour but essentiel de régler le sort des territoires abandonnés par Napoléon. Parmi les négociations délicates, il faut mentionner celles concernant la Pologne et la Saxe. Pour indemniser la Prusse qui perd la Grand Duché de Varsovie réclamé par la Russie, le tsar serait disposé à donner au roi de Prusse la Saxe dont le souverain paierait ainsi sa fidélité à Napoléon ; mais l’Autriche et l’Angleterre n’approuvent pas ce plan. Talleyrand va sauver une situation très envenimée : au nom du principe de légitimité, il réclame le maintien du roi de Saxe (dont Louis XVIII avait épousé une cousine) sur son trône. Les travaux du  Congrès se poursuivent pendant les Cent Jours et se terminent par l’acte final du Congrès de Vienne (9 juin 1815), huit jours avant Waterloo ; la Prusse récupère tout de même des territoires dans le nord de la Saxe. L’Allemagne forme une Confédération germanique (der deutsche Bund), une association de souverains présidée par l’empereur d’Autriche dans laquelle la Bavière, le Wurtemberg et la Saxe gardent la dignité royale conférée par Napoléon. Ce groupement de territoires et l’équilibre des forces maintiendront la paix en Europe pour un demi-siècle environ jusqu’aux guerres nationales qui mèneront à l’unité allemande. C’est dans cette Europe provisoirement apaisée, trompeusement apaisée, car les nationalismes n’avaient pas été pris en compte, que Wagner va vivre ses jeunes années.

MVRW Picto Section 1

FD

 

logo_cercle extrait de l’article Richard Wagner et l’Histoire de son tempspar Françoise DERRÉ
in WAGNERIANA ACTA 2003 @ CRW Lyon

 

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