Section IUne vie

Résultat de plusieurs années de recherches minutieuses, notre biographie exhaustive de Richard Wagner rassemble la plupart des informations connues à ce jour sur la vie du compositeur de la Musique de l’Avenir. Ces informations proviennent notamment des propres écrits du compositeur, ainsi que de correspondances et informations recueillies par les témoignages écrits de ses proches.

Réparties en neuf périodes, chacune de ces sections permet d’accéder à la chronologie complète, année après année, du compositeur.

Retour à l'accueil

1848

9 janvier 1848
La mère de Wagner meurt à Leipzig. Cette disparition soudaine coupe de façon définitive le compositeur des attaches que celui-ci avait encore à Leipzig. Et le met face à ses responsabilités ainsi qu’à son isolement tant géographique qu’affectif.
“Avec la perte de ma mère, s’évanouissaient tous les liens naturels qui m’unissaient à mes frères et sœurs, prisonniers de leur propre intérêt” (Mein Leben).

Entre le 22 janvier et le 8 mars 1848
Wagner dirige une série de trois concerts symphoniques à Dresde.
Au cours du premier concert, figurent au programme la Symphonie n°31 en ré majeur de W.A. Mozart, la Symphonie n°3 dite “Héroïque” de L. van Beethoven, un Motet de Bach et des scènes de Medea de Luigi Cherubini.
Au cours du deuxième concert (2 février 1848), Wagner dirige la Symphonie n°104 en ré Majeur de Haydn, le De Profundis Wq. 50 de C.W. von Glück, le Psaume XLII de Felix Mendelssohn, ainsi que la Septième Symphonie de Beethoven.
Au cours du troisième concert figurent la Symphonie n°3 dite “Écossaise” de Felix Mendelssohn, le Stabat Mater de Palestrina (arrangé par Wagner lui-même) ainsi que la Symphonie n°5 de Beethoven.

13 mars 1848
Alors que des émeutes nationalistes soutenues par la bourgeoisie et les milieux étudiants éclatent à Vienne, Wagner compose un long poème Salut de la Saxe aux Viennois que l’Allgemeine Österreichische Zeitung imprime sous son nom.

15 mars 1848
Wagner assiste aux premières émeutes qui ont lieu à Dresde : le peuple descend dans la rue et demande entre autres réformes, l’abolition de la censure. Suite au soulèvement populaire, le Roi de Saxe accorde la levée de la censure et remanie son ministère.

16 avril 1848
Dimanche des Rameaux
C’est dans un climat de tensions politiques et sociales à son comble que Wagner dirige cette année la Huitième Symphonie de Beethoven au traditionnel concert du dimanche des Rameaux.

Avril 1848
Au cours de sa tournée de concerts en Allemagne, Franz Liszt, désireux de s’installer de manière définitive à la Cour du Grand-Duché de Weimar, interrompt son voyage et fait une halte à Dresde où il retrouve Wagner.
C’est à cette même période que Wagner reçoit également la visite de Jessie Laussot“à peine âgée de dix-huit ans” (Mein Leben) – et de Karl Ritter (lui-même, né en Russie de parents dresdois).

28 avril 1848
Wagner met un point d’orgue définitif à la composition de la partition de Lohengrin.

11 mai 1848
Richard Wagner soumet au ministère de la Cour de Dresde un Projet d’organisation du Théâtre national allemand pour le Royaume de Saxe. Mais ce projet de réorganisation n’ira pas plus loin que le projet proposé par le compositeur.

19 mai 1848
Richard Wagner s’adresse au député de Saxe Wigard, et lui propose une liste de réformes à faire voter par le Parlement qui se réunit en session à Francfort-sur-le Main.

Printemps 1848,
Poursuivi pour la part qu’il a prise à l’insurrection nationaliste de la Pentecôte à Prague, Mikhail Bakounine vient chercher refuge à Dresde où il est hébergé par August Röckel. C’est à cette occasion qu’il est présenté à Wagner. “Tout en lui (Bakounine) était colossal, massif.” (Mein Leben)

14 juin 1848
Devant l’Union des Patriotes (Vaterlandsverein) de Dresde, Wagner prend la parole sur la question : “Où en sont les aspirations républicaines vis-à-vis du régime monarchique ?”
Wagner fait paraître les idées contenues dans son discours dans un article publié (anonymement) par le Dresdener Anzeiger.
“Le résultat en fut épouvantable” (Mein Leben) : alors qu’il dirige une répétition de Rienzi qui devait être joué le lendemain soir à l’Opéra, la direction décide d’annuler la représentation, trop inquiète des prises de position politiques du compositeur, ainsi que de la cote de popularité de celui-ci devenue de plus en plus incertaine.

9 juillet (et jusqu’au 22 juillet 1848)
Wagner entreprend un voyage à Vienne où il entreprend des discussions en vue de réformer les théâtres viennois. “Vienne, qui possédait alors cinq théâtres de genres très différents mais qui, à cette époque, végétaient misérablement, me semblait donc offrir un terrain favorable. J’avais rapidement mis au point un projet selon lequel ces théâtres devaient recevoir une sorte de statut fédératif et être soumis à une administration constituée aussi bien par leurs membres actifs que par des personnalités littéraires.” (Mein Leben)
Le critique viennois Eduard Hanslick croise Wagner et note “Wagner était absorbé dans la politique”.

MVRW-Frederic-Barberousse

 

Fin de l’été 1848
Richard Wagner complète l’esquisse en prose pour le drame Frédéric Ier (de Barberousse).
“A la même époque, l’idée d’un drame dont le héros devait être Frédéric Barberousse me trottait dans la tête.” Comme le note le compositeur, ce projet théâtral n’est pas étranger à toute réflexion politique : “la notion de souverain était conçue ici dans son sens le plus puissant et le plus tragique ; la dignité avec laquelle il se retirait, au moment où il s’avérait impossible pour lui d’imposer son idéal, en même temps qu’elle éveillait l’intérêt pour le héros, devait également donner une idée précise de l’énergie spontanée engendrée par un ordre polymorphe des choses de ce monde.” (Mein Leben)
Mais assez vite, Wagner abandonne son projet théâtral sur le personnage de Barberousse au profit d’une autre épopée patriotique : la légende des Nibelungen. “Pourtant je me détournai de ce projet, brusquement et totalement séduit par un sujet mythologique puissant, encore qu’analogue au précédent sur bien des points, que je puisais dans la légende des Nibelungen et de Siegfried.” (Mein Leben)
Dans la continuité de ses lectures, Wagner rédige un essai Les Nibelungen – Histoire universelle dérivée de la légende, dans lequel le compositeur expose la manière d’allier le mythe, la légende, le fait historique et la réalité de la scène.
Wagner est par ailleurs toujours en attente de représentations éventuelles de Lohengrin à l’Opéra de Dresde. Bien que von Lüttichau soit au courant que la partition fut achevée, rien ne convainc vraiment l’intendant des Théâtres de Dresde de pousser à la création du nouvel opéra de Wagner.

22 septembre 1848
Célébration du tricentenaire de la Chapelle musicale Royale de Saxe.
A cette occasion, un grand gala est organisé pour célébrer toutes les personnalités ayant influé sur la vie musicale dresdoise. Au cours de ce concert, Wagner présente le finale du premier acte de Lohengrin qui trouve “un accueil tiède auquel ne m’avait pas habitué le public de Dresde” (Mein Leben)
Le matin, une célébration commémorative avait été organisée sur la tombe de Carl Maria von Weber. Devant l’impossibilité de ses collègues à prononcer quoi que ce soit, Wagner improvise un discours avec “quelques mots qui jaillissaient du cœur” (Mein Leben).

Automne 1848
Wagner écrit quelques articles pour les Völksblätter d’August Röckel, paraissant depuis le 26 août de la même année.
Dans un article en date du 15 octobre 1848, Wagner écrit un article ayant pour titre L’Allemagne et les princes qui la gouvernent, appelant sans réserve au soulèvement populaire.
Durant cette période très politiquement marquée pour Wagner, les pourparlers pour faire enfin représenter Lohengrin vont bon train. L’affection du public populaire pour les œuvres du compositeur (Rienzi, Tannhäuser), poussent l’intendant des Théâtres royaux, von Lüttichau, à envisager de créer le nouvel opéra du compositeur.
Wilhelm Heine est chargé de concevoir les décors de Lohengrin. Peu après, le jeune décorateur est chargé de s’occuper des décors d’un autre opéra, faisant comprendre par là-même que la création de Lohengrin est remise sine die. L’enthousiasme de Wagner quant à son poste de Maître de Chapelle à la Cour de Saxe tombe pour le compositeur dans “une totale indifférence” (Mein Leben).
Les rapports de Wagner avec la Cour se dégradent : “Je perçus, dans les hautes sphères, des signes d’hostilité à mon égard. Un jour, la reine trouva que j’avais “mal dirigé” dans Norma ; un autre jour, que j’avais “battu la mesure de manière inexacte” dans Robert le Diable, ce qui ne contribua pas à améliorer mes rapports avec Lüttichau.” (Mein Leben)

20 octobre 1848
Wagner termine l’esquisse en prose de La Mort de Siegfried, premier projet pour Le Crépuscule des Dieux. Le compositeur fait part du projet de son œuvre à son ami Eduard Devrient.
Ce dernier lui fait remarquer que d’un point de vue dramatique “avant de voir Siegfried et Brünnhilde se déchirer, il faudrait les avoir connus en plein bonheur auparavant.” (Mein Leben)
C’est sans doute cet échange qui poussera Wagner à penser et composer le drame épique des Nibelungen “à l’envers”, en partant du dénouement.

12-28 novembre 1848
Wagner achève la première version en prose “versifiée” de La Mort de Siegfried, préfigurant Le Crépuscule des Dieux. L’incendie final du Walhalla ne figure pas encore dans cette première version.

Durant l’hiver 1848,
Les rapports de Wagner avec von Lüttichau deviennent inextricables. La disgrâce de Wagner à la tête de la Chapelle royale devient officielle lorsque, avec la nouvelle année, Reissiger est chargé de prendre la direction des concerts mis en place par Wagner durant l’année 1848.

Retourner à Une Vie IV. Dresde et les grands opéras romantiques (1842-1849)