Section IUne vie

Résultat de plusieurs années de recherches minutieuses, notre biographie exhaustive de Richard Wagner rassemble la plupart des informations connues à ce jour sur la vie du compositeur de la Musique de l’Avenir. Ces informations proviennent notamment des propres écrits du compositeur, ainsi que de correspondances et informations recueillies par les témoignages écrits de ses proches.

Réparties en neuf périodes, chacune de ces sections permet d’accéder à la chronologie complète, année après année, du compositeur.

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1849

Janvier 1849
Après une relecture des Évangiles, Wagner pose les premières bases d’un futur drame dont le héros serait Jésus de Nazareth (titre éponyme de l’esquisse du futur drame).
NB : la figure du Christ s’inscrit dans la droite lignée d’un héros rédempteur à la manière des essais autour desquels Wagner cherche son futur drame, après Frédéric Ier de Barberousse et Siegfried, des héros sacrifiés pour leur idéal. Plus encore que ses premiers héros, Wagner voit en la figure du Christ l’incarnation d’un révolutionnaire social.

10 février 1849
Richard Wagner fait paraître sous couvert de l’anonymat un article ayant pour titre L’Homme et la société existante (Der Mensch und die bestendehe Geselschaft) dans les colonnes des Volksblätter dirigées par son ami August Röckel. Dans ces lignes, Wagner défend la nécessité d’une lutte contre la société existante qui devient à présent le combat “le plus sacré, le plus sublime qui fût jamais livré.”

26 février 1849
L’amitié entre Franz Liszt et Richard Wagner est officiellement scellée. Dans une lettre, Liszt écrit à son cadet : “Une fois pour toutes, comptez-moi désormais parmi vos admirateurs les plus zélés et les plus dévoués – de près comme de loin, faites fond sur moi et disposez de moi.”

31 mars 1849
Au cours de la répétition générale du dernier concert du dimanche des Rameaux que dirige Wagner avec la Neuvième Symphonie de Beethoven, Bakounine s’avance à la fin de celle-ci et crée un scandale en public, dans lequel il met en avant la nécessité de la révolte populaire comme un pendant à la révolution musicale.

18 avril 1849
Toujours dans les colonnes des Volksblätter de son ami Röckel, Wagner fait paraître un article intitulé La Révolution, dans lequel on peut lire : “De plus en plus proche de nous, la tempête déferle, portant sur ses ailes la révolution”. Au monde entier est “annoncé le nouvel évangile du bonheur.”

30 avril 1849
Le Roi Frédéric -Auguste II de Saxe dissout les deux Chambres de l’Assemblée et viole la Constitution valable pour tout l’Empire promulguée à Francfort-sur-le-Main. Il n’en faut pas plus pour que le mouvement populaire déjà fortement latent en Saxe (Dresde), prenne un nouveau tournant, plus agressif celui-ci.
Les Volksblätter de Röckel sont désormais interdites. Röckel réussit à s’enfuir à Prague.

2-3 mai 1849
Le Royaume de Saxe fait appel aux forces prussiennes pour tenter de contenir le mouvement populaire qui ne saurait éclater à présent que d’un moment à l’autre. La rumeur court, et les habitants de Dresde commencent à se constituer en armée populaire. L’infanterie commence à tirer sur les premiers insurgés. Sitôt mis au courant, Richard Wagner se précipite vers l’arsenal où, effaré à mesure qu’il prend conscience de la réalité de l’insurrection, son regard croise les premiers blessés.
La ville commence à tomber dans le tourbillon de la révolte sanglante ; Wagner entend crier “Aux barricades ! aux barricades” (Mein Leben).

MVRW Attaque des Barricades du Neumarkt

4 mai 1849
Alors que la roi a pris la fuite et cherche refuge dans sa forteresse de Königstein, Richard Wagner prend lui-même le contrôle des ateliers d’impression des Volksblätter. Il fait imprimer des affichettes portant ces mots : “Êtes-vous avec nous contre les troupes étrangères ?” et qu’il fait distribuer au cours d’une suspension d’armes aux soldats saxons. Il s’en faut de peu pour qu’il ne soit arrêté à ce moment-là et passé par les armes sur le champ.

5-6 mai 1849
Alors que l’insurrection populaire est à son comble, un tableau quasi-surréaliste : Richard Wagner – ayant pour mission d’observer les mouvements de troupes aux abords de la ville et de transmettre ses rapports aux émeutiers basés au sein de l’Hôtel de ville – passe ses nuits et ses jours au sommet du clocher de la Kreuzkirche. Il y discute tantôt art, tantôt politique, tantôt philosophie avec ses compagnons d’armes qui viennent lui tenir compagnie. Richard Wagner médite alors sur un nouveau drame, Achille (WWV81, et dont seuls des fragments subsisteront) ou discute avec le professeur Thum … sur la vision du monde antique et chrétienne !

6 mai 1849
A l’aube du 6 mai, Wagner observe l’approche de Dresde d’une longue colonne d’insurgés venus prêter main forte au peuple dresdois. Röckel est de retour à Dresde. Les troupes prussiennes interviennent et tirent : la ville est désormais à feu et à sang.

7 mai 1849
L’Opéra de Dresde est incendié. Au début de la matinée, Richard Wagner conduit son épouse Minna à Chemnitz chez sa sœur Clara Wolfram. Bakounine qui pressent la défaite de l’insurrection leur conseille de prendre la fuite.

8 mai 1849
August Röckel est arrêté au moment où il tentait de fuit la ville pour son rôle de meneur dans l’insurrection dresdoise.
À l’annonce de cette nouvelle, Richard Wagner retourne néanmoins à Dresde.
Mais les combats cessent, et l’insurrection se rend aux autorités royales. Richard Wagner comprend que dès lors sa tête est mise à prix. Il parvient à s’échapper de justesse et se rendre à Weimar.

14 mai 1849
À Weimar où il vient d’arriver, Richard Wagner retrouve son ami Franz Liszt qui dirige une répétition d’orchestre de Tannhäuser. À cette occasion, il rencontre la grande amie de Franz Liszt, la princesse Caroline von Sayn-Wittgenstein.

15 mai 1849
En excursion à Eisenach, Richard Wagner visite pour la première fois les ruines de la Wartburg, qu’il n’avait pour le moment pu qu’observer de loin, en passant. “C’est avec ce dernier (Kühmstedt, directeur de la musique à Eisenach) que je visitai le château de la Wartburg qui, à cette époque-là, n’avait pas encore été restauré. Pendant cette visite, je sentis monter en moi d’étranges sentiments.” (Mein Leben)

16 mai 1849
Un décret d’arrestation est prononcé par le Royaume de Saxe à l’encontre de Wagner en ces termes :
“Le Maître de la Chapelle royale Richard Wagner, domicilié ici, dont un signalement approximatif figure ci-dessous, doit faire l’objet d’une information judiciaire pour participation capitale au mouvement insurrectionnel ayant eu lieu en cette ville, mais qui n’a pu être joint actuellement. En conséquence, l’attention de toutes les autorités de police est attirée sur lui et elles sont requises d’arrêter Wagner en cas de flagrant délit et de nous en aviser au plus vite. Dresde, le 16 mai 1849. La Députation de la Police municipale, von Oppell. Wagner est âgé de 37 à 38 ans, de taille moyenne, a des cheveux bruns et porte des lunettes.”
Le mandat d’arrêt paraît dans le Dresdener Anzeiger le 19 mai 1849. Par une lettre de Minna, Wagner apprend que leur domicile dresdois a été perquisitionné.

21-24 mai 1849
Minna vient rejoindre Richard Wagner à Magdala, en Thuringe, où elle fête avec lui l’anniversaire de ses trente-six ans. A l’issue de ce séjour, Wagner qui se sent contraint à l’exil, fait ses adieux à son épouse. Ayant dans un premier temps l’idée de fuir pour la France (Paris), c’est plus prudemment que le compositeur se résigne à prendre la route de la Suisse (Zurich).
C’est Franz Liszt qui financera ce voyage d’exil (lui dit-il “sur les recettes à venir de Lohengrin qu’il entend monter à l’Opéra de Weimar au plus vite !”.)

29 mai 1849
Richard Wagner arrive à Zurich où il obtient un passeport de résident suisse.
NB : Ce passeport helvétique contient l’unique indication sur la taille de Richard Wagner, à savoir 1m63.

30 mai 1849
Muni de son passeport suisse, et donc sous une fausse identité, Richard Wagner se rend à Paris où il souhaite à nouveau tenter sa chance en tant que compositeur d’opéra : le rêve français ne s’est pas tu au plus profond de l’artiste. Son voyage le mène à Bâle, puis Strasbourg (où il visite la cathédrale et en est émerveillé), et enfin Paris où il arrive le 31 mai 1849.

Du 2 juin au 6 juillet 1849,
Richard Wagner tente de frapper à plusieurs portes pour travailler. Chez l’éditeur Schlesinger tout d’abord, à qui il n’a rien véritablement à proposer. L’accueil que lui réserve Meyerbeer n’est guère plus favorable. On lui reproche (c’est facile) ses amitiés avec les révolutionnaires de Dresde et son nom qui est devenu synonyme d’ “infréquentable”.
Comble de malheur, une épidémie de choléra ravage Paris. Ce nouveau voyage à Paris se termine dans la désillusion la plus totale. Wagner ne peut que songer à rentrer en France ? Mais avec quel argent ? Ce sera encore une fois Franz Liszt qui subviendra aux besoins de Wagner et lui enverra les fonds nécessaires à son retour en Suisse.

6 juillet 1849
Richard Wagner est de retour à Zurich et tente de décider Minna à le rejoindre en Suisse.

Fin juillet 1849
Richard Wagner rédige le texte fondamental de l’une de ses œuvres en prose majeures : L’Art et la Religion. Après le compositeur, puis l’essayiste politique, Wagner se montre théoricien : “la véritable nature de l’art moderne est l’Industrie, son but moral : le lucre, son prétexte esthétique : la distraction des gens ennuyés.”

Durant l’été 1849
Wagner écrit plusieurs missives à Minna afin de décider celle-ci à le rejoindre à Zurich : “Si seulement tu m’écrivais enfin que tu arrives ; je me lamente sur chaque belle journée que tu laisses perdre ici (lettre à Minna Wagner, le 11 août 1849). Minna lui rétorque que les conditions matérielles dans lesquelles son époux vit jusqu’à présent sont peu propices au rapprochement d’un couple déjà apparemment en crise.

Début septembre 1849
Minna a décidément cédé aux instances de son époux. Le couple se retrouve près de Saint-Gall où Wagner est venu chercher sa femme. Il trouve en Minna “une femme très vieille” (Mein Leben). L’épouse de Wagner est accompagnée de Nathalie, sa fille, ainsi que de son chien (Peps) et de son perroquet (Papo).

Septembre 1849
Richard Wagner est plongé dans les lectures de Ludwig Feuerbach, et plus spécifiquement sur les Réflexions sur la mort et l’immortalité, ainsi que l’Essence du Christianisme. Nourri de ces lectures, Wagner se lance dans la rédaction de son second essai majeur L’Œuvre d’art de l’Avenir.

4 novembre 1849
Richard Wagner met un point d’orgue à L’Œuvre d’Art de l’Avenir qu’il dédie à son père spirituel Feuerbach.

Durant la fin de l’année 1849,
Richard Wagner s’attaque à son nouveau projet d’opéra, Wieland le Forgeron.

 

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