Section IUne vie

Résultat de plusieurs années de recherches minutieuses, notre biographie exhaustive de Richard Wagner rassemble la plupart des informations connues à ce jour sur la vie du compositeur de la Musique de l’Avenir. Ces informations proviennent notamment des propres écrits du compositeur, ainsi que de correspondances et informations recueillies par les témoignages écrits de ses proches.

Réparties en neuf périodes, chacune de ces sections permet d’accéder à la chronologie complète, année après année, du compositeur.

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1839

6 février 1839
Richard Wagner achève la composition de la musique du premier acte de Rienzi, et entame la composition du deuxième acte.

Fin mars 1839
Richard Wagner perd son emploi au poste de Riga. L’emploi de Directeur musical échoit désormais à Heinrich Dorn seul.

9 avril 1839
Richard Wagner achève l’ébauche de l’orchestration du deuxième acte de Rienzi.

Avril 1839
Le couple Wagner doit faire face à une situation financière désastreuse ; Minna tente de subvenir aux besoins du couple en jouant au théâtre de Riga. Avec quatre dernières apparitions, elle fait ainsi ses adieux définitifs à la scène.

Juin 1839
La situation financière du couple contraint celui-ci à fuir Riga et ses créanciers : ceux-ci avaient en effet porté plainte devant les autorités de la ville. S’ils doivent fuir, les Wagner ne pourront le faire par voie de terre (ils auraient pris le risque de se faire arrêter par les autorités en tentant de traverser la frontière prussienne). Ils évitent donc la ville de Königsberg où ils auraient été trop facilement reconnus.
Wagner, Minna – accompagnés du chien Robber, un terre-neuve – décident d’opter pour un exil par voie maritime, sans passeports, car une demande faite auprès des autorités russes pour obtenir ceux-ci aurait éveillé l’attention des créanciers en Allemagne.

10 juillet 1839
Le couple Wagner franchit clandestinement la frontière entre la Russie et le territoire de Prusse orientale.

14 juillet 1839
Aux abords de Königsberg, le char à bord duquel les Wagner conduisait leur exil culbute dans un fourré, près d’une ferme. Minna est blessée.
NB : il aurait été plus tard rapporté que Minna, enceinte, aurait fait une fausse couche au cours de cet accident. Dès lors, elle n’aurait plus pu espérer d’enfants.

19 juillet 1839
A Pillau, le couple Wagner ainsi que Robber embarquent à bord de La Thétis (ou Thethys),  –“un voilier de la plus petite catégorie” (Mein Leben)– en direction de Copenhague, avec pour but de rejoindre Londres, le commandant acceptant de les prendre sans passeport. La traversée en mer devra durer huit jours si les vents sont cléments et favorables.

 

La légende du Vaisseau fantôme ou Le Hollandais volant

29 juillet 1839
Cela fait plus de quinze jours que les Wagner sont à bord de La Thetis, les conditions météorologiques ne sont pas particulièrement favorables : la mer Baltique a été beaucoup trop calme et l’embarcation manque de vent.
Wagner lit George Sand (La Dernière Aldini) afin de perfectionner son français.
Après être passé au large des côtes danoises (dont le château d’Elseneur qui rappelle au compositeur son apprentissage de Shakespeare), une tempête se déchaîne au large des côtes norvégiennes.
Pendant vingt-quatre heures, le couple vit dans l’épouvante de la tempête à bord.

L’épreuve rencontrée par le voilier est tellement épouvantable qu’elle inspirerait au compositeur l’ouverture du Vaisseau fantôme. La traversée qui devait durer huit jours durera trois semaines (après un détour inattendu par la Norvège et la baie de Sandwiken – où l’on retrouvera l’action du  premier acte du Vaisseau fantôme).

NB : si l’on en croit mot à mot, la « légende » ainsi rapportée par Richard Wagner dans Mein Leben, il est amusant a posteriori de constater que si le couple Wagner avait pu passer la frontière par la terre, le compositeur n’aurait vraisemblablement jamais eu l’inspiration pour l’Ouverture de son Vaisseau fantôme.

9 août 1839
La Thétis sur laquelle avait embarqués Wagner, Minna et le chien Robber est en vue de l’Angleterre, près de Southwold, dans le Suffolk, entre Lowestoft et Orford Ness. La houle est toujours forte et il faut attendre le 12 août pour que le navire longe la côte jusqu’à l’estuaire de la Tamise.

MVRW LONDRES les docks vers 1839

12 août 1839
Trois semaines s’étaient ainsi écoulées depuis leur embarquement. Une fois à terre, les voyageurs sont « saisis d’un vertige d’allégresse » (Mein Leben)

MVRW LONDRES Soho 1839du 12 août au 20 août 1839,
Les Wagner finissent par arriver à Londres ; ils y séjourneront huit jours avant de regagner Paris, où le compositeur  espère faire reconnaître ses talents et ses partitions.
Ils résident tout d’abord à la « Horseshoe », une sorte de taverne de matelots près de London Bridge qui ne les accueille tous les trois (Richard, Minna, Robber) que pour un très bref séjour. L’endroit est beaucoup trop bruyant, ils n’y résideront que quelques nuits. Ils s’installent ensuite dans un boarding de Old Compton, dans le West End qui leur paraît être un très nettement meilleur asile (où ils logent huit jours).

Londres sonne comme un ensemble de rendez-vous manqués :
Le but du compositeur en se rendant à Londres était avant tout de rencontrer le célèbre écrivain Edward Bulwer-Lytton (1803-1873), auteur de Rienzi ou le Dernier des Tribuns, ouvrage sur lequel Wagner avait travaillé en vue de créer un nouvel opéra. Dès son arrivée, et sachant que le Baron Bulwer-Lytton siégeait à la Chambre des Pairs, Wagner se rendit au Parlement. Malheureusement, l’écrivain n’était pas en ville : le rendez-vous entre l’homme de lettres et l’homme de musique fut donc manqué. Ce fut néanmoins l’occasion pour notre intrépide et curieux compositeur de visiter le Parlement et d’assister à l’une des séances de celui-ci. Ni le Premier ministre du moment, Lord Melbourne, ni le célèbre duc de Wellington ne laissèrent une impression durable ou particulièrement favorable au compositeur. Autre préoccupation de Wagner : savoir ce qu’était devenu le manuscrit de son Ouverture Rule Britannia, œuvre de jeunesse composée à Dresde sur le thème de l’Hymne National anglais et envoyée à Sir John Smart, président de la Société Philharmonique de Londres. Sans avoir reçu le moindre retour ! Et si, profitant de son séjour sur place, il pouvait au moins remettre la main sur son manuscrit ? Nouvelle déception, Sir John Smart n’habitait pas dans la capitale.Ces promenades londoniennes laissèrent au couple “une impression inoubliable de désert” (Mein Leben) en embarquant pour Paris. Le premier voyage de Wagner à Londres s’acheva donc en cette journée du 20 août 1839 sur une impression amère, et la petite équipée partit le 20 août pour la France.

20 août 1839
Le couple Wagner traverse la Manche et gagne Boulogne-sur-mer.
A une demi-lieue de la ville, Wagner loue pour lui-même et son épouse un petit appartement dans la maison de campagne d’un marchand de vins.
A Boulogne-sur-mer, Wagner termine l’orchestration du deuxième acte de Rienzi, puis rend visite à Meyerbeer qui se trouve être en ville et à qui il présente son nouveau projet d’opéra. Wagner espère de la part de Meyerbeer des lettres de recommandation auprès de la direction de l’Opéra de Paris en vue de faire représenter son Rienzi.

MVRW Maison Moliere Paris17 septembre 1839
Le couple Wagner arrive à Paris.
Le futur époux de Cäcilie, demi-sœur de Wagner, Avenarius, est fixé en France (sa future épouse est restée à Leipzig). Il y dirige alors une succursale de la librairie allemande Brockhaus et Avénarius, 60, rue de Richelieu. Il facilite l’installation du couple Wagner sur place, leur trouve un hôtel pour s’installer, « dans le quartier des Innocents » (Mein Leben) – rue de la Tonnellerie (actuellement 31, rue du Pont Neuf, immeuble de la maison natale de Molière) ainsi qu’un contact allemand, du nom de E.-G. Anders, “employé à la section de musique de la Bibliothèque Nationale” (Mein Leben). Ce dernier, ainsi qu’un philologue allemand, Lehrs, furent les compagnons du couple pendant leurs premiers mois dans la capitale française.
Le terre-neuve Robber se sauve et ne reviendra pas.

Fin septembre et octobre 1839
Dès son arrivée dans la capitale, Wagner est reçu par le directeur de l’opéra, Albert Duponchel. Ce dernier ne donnera pas suite à leur entrevue.
Une autre connaissance d’AndersMarion Dumersan, propose à Wagner de traduire en français certains passages de La Défense d’aimer afin de pouvoir proposer la pièce au Théâtre de la Renaissance.
Wagner tente de gagner la faveur de chanteurs parisiens en composant des mélodies en français qui leur sont spécialement dédicacées : Dors mon enfant (WWV53, Attente (WWV55), Mignonne (WWV57), Tout n’est qu’images fugitives (WWV 58), Les Deux Grenadiers (WWV60), Les Adieux de Marie Stuart (WWV61).
C’est ainsi que Wagner fait la connaissance de Lablache, basse célèbre de l’époque tout comme Pauline Viardot (ainsi que Mme Widmann, mezzo, M. Dupont, ténor, ou bien encore Géraldy ou Habeneck).
Richard Wagner compose également une première esquisse pour Une Ouverture de Faust, en ré mineur (Eine Faust OuvertureWWV59).
NB : l’œuvre destinée à être exécutée initialement par l’Orchestre du Conservatoire sera poliment refusée.

Wagner cherche à à se mettre en relation avec Heinrich Heine dès son arrivée à Paris.
Pour subvenir à ses besoins, Wagner rédige quelques articles qui doivent paraître dans les colonnes d’une Correspondance parisienne dans la revue Europe, publiée en Allemagne. Autour de Heinrich Heine, une petite colonie allemande de Paris se réunit au restaurant italien de Brocci, près de l’Opéra.

Novembre 1839
Wagner est profondément ému en assistant à une répétition de la Neuvième Symphonie de Beethoven par l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire.

13 décembre 1839
Richard Wagner achève l’ébauche de l’orchestration pour Une Ouverture de Faust.

15 décembre 1839
Richard Wagner assiste à la troisième exécution de Roméo et Juliette d’Hector Berlioz, sous la direction du compositeur, au Conservatoire. Le concert comprend également les deux premiers mouvements de Harold en Italie, un mouvement du Requiem, ainsi que l’air d’Ascanio de Benvenuto Cellini. C’est le premier contact « direct » entre les deux compositeurs.

Courant décembre 1839,
Wagner adresse un “appel au secours” à Meyerbeer, alors à Berlin, afin de recommander La Défense d’aimer au Théâtre de la Renaissance à Paris.

 

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