Section IUne vie

Résultat de plusieurs années de recherches minutieuses, notre biographie exhaustive de Richard Wagner rassemble la plupart des informations connues à ce jour sur la vie du compositeur de la Musique de l’Avenir. Ces informations proviennent notamment des propres écrits du compositeur, ainsi que de correspondances et informations recueillies par les témoignages écrits de ses proches.

Réparties en neuf périodes, chacune de ces sections permet d’accéder à la chronologie complète, année après année, du compositeur.

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1864

Janvier et février 1864
L’année commence sous de mauvais auspices ; à la fatigue de Richard Wagner et aux nombreux ennuis de santé s’accumulent des dettes dont le compositeur ne voit pas la fin.
Le compositeur se trouve contraint de signer “de nouveaux billets à courte échéance pour payer des billets précédemment émis à échéance tout aussi courte. Je me lançais ainsi dans un système qui me conduisait infailliblement à la ruine.” (Mein Leben)

10 mars 1864MVRW Louis II portrait peint
A la mort du roi Maximilien II, son fils âgé de 18 ans accède au trône de Bavière sous le nom de Louis II.

Mars 1864
L’affaire Tristan et Isolde traîne décidément en longueur : les possibilités de voir enfin représenter Tristan et Isolde sur la scène de l’Opéra de Vienne sont de plus en plus improbables.

23 mars 1864
Insolvable, menacé par la cour de justice impériale, Wagner se voit contraint de quitter Vienne précipitamment.

25 mars 1864
(Vendredi Saint)
En passant par Munich, sur la route qui doit le mener en Suisse auprès des Wesendonck ou d’autres amis à qui il espère réclamer de l’aide, Richard Wagner écrira dans ses Mémoires : dans une vitrine, je vis le portrait de ce jeune monarque (Louis II), et je fus profondément ému, ainsi qu’on l’est toujours quand on voit la jeunesse et la beauté dans des circonstances de la vie extrêmement difficiles.” (Mein Leben)

NB : étant donné le destinataire direct de cette biographie auto personae et surtout a posteriori (de sa rencontre effective avec le roi), on peut aisément comprendre que Richard Wagner ait volontairement embelli cette apparition “quasi mystique”.

Le soir, alors qu’il loge à l’hôtel Bayerischer Hof, Wagner rédige lui-même son épitaphe empreinte d’humour noir. Le compositeur est à bout ; les pensées les plus négatives lui viennent à l’esprit.
NB : là également, tout doute quant à l’état de la gravité d’esprit du compositeur est envisageable, ne serait-ce que pour magnifier la prochaine et fortuite apparition du souverain dans sa vie.

26 mars 1864
Traversant le lac de Constance, Richard Wagner gagne Zurich “une fois de plus en fuite et ayant besoin d’un asile.” (Mein Leben)
Le compositeur trouve porte close auprès d’Otto Wesendonck qui refuse poliment de l’héberger. Il aura néanmoins plus de chance avec Eliza Wille à qui également il demande l’hospitalité, et qui, en l’absence de son mari, lui accorde celle-ci dans leur propriété de Mariafeld. Mathilde Wesendonck, privée de la présence de Wagner dans leur propriété, fait parvenir au compositeur des meubles ainsi qu’un piano.

8 avril 1864
Richard Wagner écrit à son ami Peter Cornelius : “Il faut qu’il m’advienne maintenant un bon miracle, un qui soit vraiment secourable, sinon je suis fichu !”

28 avril 1864
Wagner fait le voyage à Stuttgart, chez le maître de chapelle Eckert.
Le compositeur assiste entre autres à une représentation de Don Giovanni de Mozart sous la direction d’Eckert. A son jeune ami Weissheimer, Wagner télégraphie en lui enjoignant de venir au plus vite le rejoindre : “Je suis à bout, impossible d’aller plus loin.”

NB : c’est à cette période que Neumann fait allusion lorsqu’il révéla quelques années plus tard à travers les pages de ses « Souvenirs sur Richard Wagner » que lorsqu’il logeait dans l’hôtel Marquardt, il entendait dans la chambre jouxtant la sienne « craquer les chaussures » d’un Wagner qui en voulait à la terre entière de ne rien comprendre à « son Tristan ». Et quel honneur pour Neumann, déjà tout à fait sous le charme du compositeur… que de régler lui-même la note de l’hôtel que le compositeur ne pouvait honorer !

3 mai 1864
La veille, à une heure tardive, un inconnu (Pfistermeister, conseiller aulique et secrétaire du Cabinet du roi Louis II de Bavière, voyageant incognito) demande à s’entretenir avec Wagner.  Cela fait en réalité trois semaines que le conseiller du roi est vainement sur les traces du compositeur ; il est allé le chercher à Vienne, puis à Mariafeld, sans succès.
Lorsque Pfistermeister finit enfin par rencontrer Wagner, il lui remet une photographie portrait du jeune monarque ainsi qu’une bague (un rubis enchâssé dans un anneau) et lui fait part de l’admiration du jeune monarque pour son œuvre ainsi que de son souhait le plus ardent de le rencontrer dans les meilleurs délais.
Wagner répond au roi par une lettre sur le champ : “Je vous envoie les larmes de la plus céleste émotion pour vous dire que les miracles de la poésie sont entrés comme une réalité divine dans ma pauvre vie avide d’amour. Les dernières harmonies poétiques et musicales de ma vie – et cette vie même – désormais vous appartiennent, mon jeune roi plein de grâce. Disposez-en comme de votre bien propre !

Coup du destin ou “merveilleuse coïncidence” (Mein Leben), alors que Wagner rassemble ses affaires avec son ami Weissheimer pour aller rendre visite au roi Louis II de Bavière, on apprend le décès le même jour de Giacomo Meyerbeer. En apprenant cette nouvelle, la petite assemblée éclate de rire, Weissheimer “regrettant toutefois que le maestro si jaloux fût mort trop tôt pour connaître ce grand jour” (Mein Leben)
Le soir même, à cinq heures, je rejoignais à la gare M. Pfistermeister pour me rendre en sa compagnie à Munich, où ma visite au roi était annoncée pour le lendemain. Avant mon départ, j’avais reçu les avis les plus formels de ne pas revenir à Vienne. A dater de ce jour, je ne devais plus connaître d’angoisses de cet ordre. Certes sur mon chemin, avant d’atteindre au but élevé vers lequel je n’avais cessé de tendre, d’autres embûches, d’autres malheurs m’attendaient. Mais, grâce à mon auguste ami, le fardeau de la vie me fut définitivement épargné.
Ce sont sur ces mots que s’achève l’autobiographie de Richard Wagner Ma Vie (Mein Leben).

4 mai 1864
Le roi Louis II de Bavière reçoit en audience Wagner en début d’après-midi, au Palais de la Résidence à Munich.
A la suite de cette entrevue, Wagner écrit à Eliza Wille : “Il (Louis II de Bavière) me comprend comme le fait ma propre âme… De la magie de son regard, vous ne vous faites aucune idée… Il est, hélas, si beau et si rempli de spiritualité, que j’ai peur de voir s’évanouir sa vie telle qu’un rêve divin fugace.”
De son côté, le roi Louis II de Bavière écrit à sa cousine Sophie-Charlotte : “Ah ! que n’as-tu pas pu être là pour être témoin de la confusion dans laquelle m’ont plongé ses remerciements.”
La même journée, Wagner obtient de loger provisoirement en bordure du Jardin anglais (Englischer Garten) à Munich.

9 mai 1864
Wagner reçoit par l’intermédiaire de la Caisse de cabinet royale bavaroise la somme de 4.000 florins à titre de don personnel du roi Louis II afin d’annuler les dettes du compositeur.

10-12 mai 1864
Wagner retourne brièvement à Vienne afin de pouvoir mettre ses affaires en ordre et rembourser ses dettes les plus pressantes, suite au don du roi.

Villa_Pellet13-14 mai 1864
Wagner part de Vienne afin de s’installer à Munich dans la villa Pellet, imitation d’un petit chalet suisse à Kempfenhausen, dans les environs de Munich sur le lac de Starnberg.
A partir de cette date, voire plusieurs fois par jour, le roi en personne se déplace à la villa Pellet afin de rendre visite à son ami, ou bien reçoit ce dernier dans sa résidence d’été du château de Berg, situé à proximité.

22 mai 1864
(Cinquante-et-unième anniversaire de Richard Wagner)
Lors d’une visite à la villa Pellet, le roi Louis II de Bavière remet à Wagner un portrait officiel de lui-même dédicacé, à l’occasion de l’anniversaire du compositeur.

10 juin 1864
Le roi Louis II de Bavière accorde une nouvelle dotation de 16.000 florins en espèces sur sa cassette personnelle à Wagner.

11-14 juin 1864
Suite à ce nouveau don, Wagner se rend immédiatement à Vienne afin de régler ses dernières dettes et se libérer de ses obligations financières.

MVRW Villa PelletsruheJuin 1864
Richard Wagner convie son amie Mathilde Maier à le rejoindre à la Villa Pellet : la solitude lui pèse malgré le “miracle royal”. Cette dernière toutefois déclinera l’invitation.

29 juin 1864
Richard Wagner, à qui la solitude pèse véritablement, bien qu’il ait provisoirement trouvé un asile financier, convie également son ami Hans von Bülow à le rejoindre dans sa thébaïde dans une lettre en date du 6 juin 1864 : “Je t’invite avec femme, enfants et bonne à venir prendre tes quartiers chez moi aussi longtemps que possible, cet été.”
Finalement, seules Cosima, son épouse, ainsi que ses filles Daniela et Blandine, répondent à l’invitation à se rendre auprès du compositeur.
Il semblerait que ce soit à partir de ce séjour que Cosima et Wagner se rapprochent définitivement.

7 juillet 1864
Hans von Bülow arrive enfin à la Villa Pellet, suite à l’invitation de Richard Wagner. Trop tard ?

Juillet 1864
Richard Wagner achève de mettre au propre le traité dédié au roi Louis II de Bavière intitulé Etat et Religion (Über Staat und Religion). Le manuscrit du traité est définitivement achevé le 16 juillet 1864.

Durant l’été 1864 (juillet-août),
Richard Wagner reçoit plusieurs amis à la Villa Pellet, dont le sculpteur Zumbusch, le pianiste Karl Klindworth, ou bien encore Ferdinand Lassalle.

A la fin de l’été 1864
Wagner compose la Huldigungsmarsch (Marche d’Allégeance) en l’honneur du roi Louis II de Bavière. La version initiale de cette œuvre fut composée pour fanfare militaire ; elle sera ensuite remaniée et publiée dans sa version pour grand orchestre à vents (75 instruments).

24 août 1864
Wagner rend visite au roi Louis II de Bavière à Füssen, au château de Hohenschwangau, à l’occasion de l’anniversaire du monarque.

30-31 août 1864
Visite de Franz Liszt à Wagner. Les deux compositeurs s’entretiennent sur l’état d’avancement des Maîtres Chanteurs de Nuremberg.

3 septembre 1864
Départ des von Bülow de la Villa Pellet. L’état physique de Hans von Bülow est très inquiétant (durant l’été, le chef d’orchestre et ami de Wagner a montré plusieurs signes de maladie, des crises allant parfois jusqu’à la paralysie totale des extrémités).

26 septembre 1864
Wagner écrit à Louis II de Bavière : “ J’ai décidé de tenir à l’écart tout autre travail, si avantageux qu’il puisse être pour moi, parce que plus facilement réalisable, afin de m’attaquer en revanche uniquement et immédiatement à la composition de mon grand ouvrage des Nibelungen.”

27 septembre 1864
Wagner signe un bail afin de s’installer à Munich au n°21 de la Biennerstrasse (en fait c’est le roi Louis II de Bavière qui lui offre l’opportunité de s’installer plus près de la Résidence à Munich). Dès son installation, Wagner s’attaque à la mise au propre de la deuxième scène du premier acte de Siegfried.

Voir également :
La villa de Richard Wagner, à la Briennerstrasse (LR)

5 octobre 1864
Première de la Huldigungsmarsch (Marche d’Allégeance), dédicacée au roi Louis II de Bavière, et en présence du monarque dans la cour du Palais de la Résidence.

7 octobre 1864
Au cours d’une audience auprès du roi Louis II de Bavière, Wagner reçoit “l’ordre officiel” du monarque d’achever La Tétralogie (qu’il achète 30 000 florins).

15 octobre 1864
Wagner prend possession de la maison au n°21 de la Briennerstrasse à Munich, que le compositeur aménage avec l’aide de Cosima von Bülow. Cosima s’installe d’ailleurs elle-même non loin, sur la Luitpolstrasse, à Munich.

Voir également :
La villa de Richard Wagner à la Briennerstrasse de Munich (LR)

18 octobre 1864
Wagner signe une convention avec la Caisse de cabinet royal de Bavière et concernant la vente des partitions ainsi que des droits sur La Tétralogie en faveur du roi Louis II de Bavière, pour le prix de 30.000 florins.
En contrepartie de cette offre, et sur toute l’année 1864, Wagner “fera cadeau” des partitions des Fées, de La Défense d’aimer, de Rienzi, de L’Or du Rhin, de La Walkyrie, des Maîtres chanteurs de Nuremberg et de la Huldigungsmarsch. Le compositeur fera en outre don de l’ébauche de l’orchestration du Vaisseau fantôme, du troisième acte de Siegfried, des copies manuscrites des deux premiers actes du Crépuscule des Dieux, ainsi que du manuscrit autographe du livret en prose du Jeune Siegfried.

14 novembre 1864
Wagner esquisse sur des feuillets les thèmes composés à la villa Pellet en vue d’un quatuor à cordes, appelé provisoirement Idylle de Starnberg. Ces thèmes seront incorporés ultérieurement à Siegfried-Idyll, et naturellement au troisième acte de Siegried, celui-ci reprenant les thèmes de Siegfried-Idyll, justement.

20 novembre 1864
Le couple Hans et Cosima von Bülow s’installe définitivement à Munich où Hans von Bülow est tout d’abord nomme “vorspieler” (soit répétiteur), puis chef d’orchestre.

26 novembre 1864
MVRW Festtheater MunichLe roi Louis II de Bavière décide officiellement de faire construire à Munich un Festtheater (Théâtre des Fêtes), grand édifice moderne en pierre, sur la rive droite de l’Isar, en vue de la création de la Tétralogie.
Dès que l’idée est lancée, plusieurs architectes sont pressentis, mais le roi pense confier les plans du futur bâtiment à Gottfried Semper (par ailleurs ami de Wagner)

4 décembre 1864
Première à Munich du Vaisseau fantôme, sous la direction personnelle de Wagner (l’opéra avait été jugé “impropre à l’Allemagne” par l’intendant des théâtres du Royaume de Bavière, dès la création de celui-ci).
Le roi Louis II de Bavière nomme Ludwig von der Pfordten, président du Conseil.
NB : il existe un vieux entre contentieux entre von der Pfordten et Wagner, le premier ayant été ministre des Affaires Étrangères de Saxe à l’époque dresdoise de Wagner.
Wagner est nommé citoyen bavarois. Dès cette nomination, von der Pfordten prend la tête des bavarois anti-wagnérien, hostiles au compositeur par l’étalement du luxe dans lequel il vit à Munich.

22 décembre 1864
Wagner commence le manuscrit de la partition de l’acte II de Siegfried.

29 décembre 1864
Le roi Louis II de Bavière donne audience à son ami et architecte Gottfried Semper et lui confirme la responsabilité des plans pour le nouvel édifice du Festtheater à Munich.

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