Section IIIUne Oeuvre

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d'opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d'articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l'ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

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ECRITS SUR LE PRÉLUDE DE LOHENGRIN

 

Charles BAUDELAIRE

Sur le Prélude de Lohengrin :
« Dès les premières mesures, je subis une de ces impressions heureuses que presque tous les hommes imaginatifs ont connues, par le rêve, dans le sommeil. Je me sentis délivré des liens de la pesanteur, et je retrouvai par le souvenir l’extraordinaire volupté qui circule dans les lieux hauts (notons en passant que je ne connaissais pas le programme cité tout à l’heure). Ensuite je me peignis involontairement l’état délicieux d’un homme en proie à une grande rêverie dans une solitude absolue, mais une solitude avec un immense horizon et une large lumière diffuse; l’immensité sans autre décor qu’elle-même. Bientôt j’éprouvai la sensation d’une clarté plus vive, d’une intensité de lumière croissant avec une telle rapidité, que les nuances fournies par le dictionnaire ne suffiraient pas à exprimer ce surcroît toujours renaissant d’ardeur et de blancheur. Alors je conçus pleinement l’idée d’une âme se mouvant dans un milieu lumineux, d’une extase faite de volupté et de connaissance, et planant au-dessus et bien loin du monde naturel. »

 

Hector BERLIOZ

Sur le Prélude de Lohengrin :
« L’introduction, qui tient lieu d’ouverture à cet opéra, est une invention de Wagner de l’effet le plus saisissant. On pourrait en donner une idée en parlant aux yeux par cette figure. C’est en réalité un immense crescendo lent, qui, après avoir atteint le dernier degré de la force sonore, suivant la progression inverse, retourne au point d’où il était parti et finit dans un murmure harmonieux presque imperceptible. Je ne sais quels rapports existent entre cette forme d’ouverture et l’idée dramatique de l’opéra ; mais, sans me préoccuper de cette question et en considérant le morceau comme une pièce symphonique seulement, je le trouve admirable de tout point. Il n’y a pas de phrase proprement dite, il est vrai, mais les enchaînements harmoniques en sont mélodieux, charmants, et l’intérêt ne languit pas un instant, malgré la lenteur du crescendo et celle de la décroissance. Ajoutons que c’est une merveille d’instrumentation dans les teintes douces comme dans le coloris éclatant, et qu’on y remarque, vers la fin, une basse montant toujours diatoniquement pendant que les autres parties descendent, dont l’idée est fort ingénieuse. Ce beau morceau d’ailleurs ne contient aucune espèce de duretés ; c’est suave, harmonieux autant que grand, fort et retentissant : pour moi, c’est un chef-d’œuvre. »

 

Paul VALÉRY

« En fait de « mystique » rien ne me convient mieux que le Prélude de Lohengrin.
Là, pas de mots. (Baudelaire traducteur ?)
Cela est donc « pur » – non mêlé de paroles, de ces paroles qui me donnent l’impression chez les auteurs (saints ou non) d’une certaine comédie – parce qu’ils ne savent ce qu’ils disent et usent des valeurs ou effets des mots sans les peser.
Dans le Prélude, il n’y a que l’excitation du type « émotion mystique ». »
(1944, Cahiers Thêta, Pléiade II, 708)
 

Friedrich NIETZSCHE

Sur le Prélude de Lohengrin :
« Und ist der Zustand, in welchen zum Beispiel das Lohengrin-Vorspiel den Zuhörer und noch mehr die Zuhörerin versetzt, wesentlich verschieden von der somnambulischen Ekstase? — Ich hörte eine Italiänerin nach dem Anhören des genannten Vorspiels sagen, mit jenen hübschen verzückten Augen, auf welche sich die Wagnerianerin versteht: „come si dorme con questa musica! »
(Nachgelassene Fragmente, Herbst 1887, 10[155])

 

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