Section IIIUne Oeuvre

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d'opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d'articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l'ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

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LA BALLADE DE DANEUSER

Traduction de logo-avantsceneopera-large Georges PUCHER

Aux sources de la légende de Tannhäuser

Vers la fin du XIIIème siècle, des ménestrels apportent d’Italie en Allemagne la légende de Danheuser (ou Tannhäuser, selon l’orthographe usuelle en allemand moderne). L’original italien parle de la montagne des Sibylles, remplacée dans la version allemande par le Hörselberg près d’Eisenach.
C’est aussi la version allemande qui identifie l’audacieux amant de Vénus avec le minnesänger Tannhäuser, né vers l’an 1200 et mort en 1268. Urbain IV fut pape de 1261 à 1264. Les dates de son pontificat coïncident donc avec la vie de Tannhäuser et l’apparition de la légende en Allemagne. Le motif de la baguette qui reverdit est apparenté à des thèmes de l’Ancien Testament (la verge d’Aragon, Nombres, 17,20, éventuellement également Czech, 7,10, quoique ce texte ne soit pas clair) et à des motifs de la tradition antique.

« J’entreprends de conter
La vie de Danheuser,
Ses aventures étonnantes
Avec Dame Vénus.

Danheuser était un bon chevalier ;
Quand il voulut voir les, prodiges,
Il se rendit dans le mont de Vénus,
Vers d’innombrables belles femmes.

« Messire Danheuser, vous m’êtes cher,
Mais ne l’oubliez pas,
Vous m’avez fait le serment
De ne jamais vous en aller. »

« Dame Vénus, je ne l’ai pas juré,
Je dois vous contredire ;
Si quelqu’un d’autre vous le disait,
Avec l’aide de Dieu, je le lui ferais payer cher ! »

« Messire Danheuser, que venez-vous de dire ?
Vous devez rester près de moi ;
Je vais vous donner ma suivante,
Qu’elle soit votre femme à jamais. »

« Si je prenais une autre femme
Que celle que j’ai dans mon coeur,
Il me faudrait bruler éternellement
Dans les flammes d’enfer. »

« Vous me parlez beaucoup d’ardeur infernale,
Mais ne l’avez jamais ressentie :
Rappelez-vous ma bouche purpurine
Qui vous rit à tout heure. »

« Que me sert votre bouche purpurine ?
Elle m’est ben indifférente.
Donnez-moi congé, gente demoiselle,
De par l’honneur des femmes. »

« Messire Danheuser, vous me demandez congé,
Mais je ne vous l’accorde pas.
restez donc, noble Danheuser,
Et sauvez ainsi votre vie. »

« Ma vie a sombré dans le péché,
Je ne veux rester plus longtemps ;
Donnez-moi congé, gente demoiselle,
Libérez-moi des liens de votre corps altier. »

« Messire Danheuser, ne parlez pas ainsi !
Vous n’avez pas bien réfléchi.
Allons donc dans ma chambre
Et divertissons-nous au noble jeu d’amour. »

« Moi, j’userais d’une autre femme
Que celle que j’ai dans le coeur ?
Dame Vénus, si noble et gente,
Vous êtes une diablesse ! »

« Messire Danheuser, que dîtes-vous là ?
Comment pouvez-vous m’injurier ?
Vous resterez plus longtemps dans cette montage
Et payerez cher votre conduite ! »

« Dame Vénus, je ne le veux pas,
Je ne puis rester ici plus longtemps.
Marie, mère et vierge pure,
Garde-moi de ces femmes ! »

« Messire Danheuser, je vous donne congé.
Mais vous chanterez ma louange
Dans tous les pays où vous passerez ;
Prenez donc congé de cette assemblée ! »

Alors il quitta la montagne,
Plein d’amertume et plein de repentir :
« Je vais me diriger vers la ville de Rome
Et m’en remettre au pape. »

« Je me mets en route, joyeux ;
Puisse Dieu toujours me protéger.
Je vais chez le Pape nommé Urbain,
Je demanderais son pardon. »

« O Pape, seigneur bien-aimé,
Je vous confesse les péchés
Que j’ai commis tout au long de ma vie
Comme je veux vous l’avouer.

J’ai passé entre autres une année
Chez Dame Vénus.
Je le confesse, imposez-moi une pénitence,
Qu’à nouveau,je puisse contempler Dieu. »

Le pape avait une baguette en main,
Tout à fait desséchée.
« Tout comme elle ne peut reverdir,
Tu n’obtiendras pas grâce devant Dieu ! »

Il repartit alors de Rome,
Plein d’amertume et de souffrance.
« Marie, mère et vierge pure,
Dois-je maintenant te quitter aussi ? »

Alors il retourna dans la montagne
Pour y rester à jamais :
« Je veux aller chez Vénus, ma gente Dame,
Puisque Dieu m’y envoie ! »

« Soyez bienvenu, Danheuser.
Bien longtemps, vous m’avez manqué ;
Soyez bienvenu, cher seigneur,
Que j’ai choisi pour amant. »

Cela dura jusqu’au troisième jour ;
La baguette, alors, commença de reverdir,
Et le pape envoya des messagers
Partout où Danheuser avait passé.

Mais il était dans la montagne
Et avait choisi son amante.
C’est pourquoi Urbain Quatre dut
Le considérer comme perdu à jamais.

 

Texte extrait de L’Avant-Scène Opéra n° 63-64.
© L’Avant-Scène Opéra, Paris 2004
Pour en savoir plus, nous vous recommandons la revue « L’Avant-scène Opéra » (cliquez ici)

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