Section IIIUne Oeuvre

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d'opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d'articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l'ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

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KLINGSORmvrw-klingsor

(baryton)

Personnage noir dont on trouve la trace dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach (1200-16), Klingsor (Chlingsor) est curieusement absent de Perceval le Gallois, l’épopée de Chrétien de Troyes. Dans l’épopée germanique, il est décrit comme un personnage de haut rang, ennemi absolu du Graal, celui qui a blessé Amfortas grâce à ses pouvoirs maléfiques. Battu dans une aventure néfaste, il s’adonne – vraisemblablement par dépit – à la magie, ce qui lui permet de construire le “Château des Merveilles” où, grâce à la séduction de créatures désirables, il fait tomber un à un les chevaliers dans ses filets, avec l’espoir de mettre un jour la main sur le trône du Graal.

Chez Wagner, ce n’est point un combat mais une auto-mutilation (révélée par Kundry au deuxième acte de l’action) qui révèle la noirceur de cet “ange déchu” et détermine son destin. Régnant en maître absolu sur son château enchanté doté d’un jardin féerique, il cherche à attirer les Chevaliers du Graal grâce aux tentations des filles-fleurs. Maître également du destin de Kundry, tantôt messagère du Graal, tantôt esclave de Klingsor (NDA : Wagner n’est pas très clair quant aux origines de cette dépendance), il élève la jeune femme au plus haut rang des tentatrices. Après avoir eu raison d’Amfortas et s’être emparé de la Sainte Lance, il se sert de Kundry dans le dessein funeste de faire tomber Parsifal et le faire échouer dans sa quête.

Être de noirceur absolu, manipulateur et sans scrupule, jaloux, à l’envie sans limite, lui qui s’est mutilé condamnant l’amour et s’acharnant à corrompre les autres, sera le seul de toute l’action à ne pas bénéficier du salut de la rédemption. Au diable, l’Enfer !

Second baryton de la partition, le pendant maléfique d’Amfortas tant dramatiquement que musicalement, Klingsor est l’incarnation du Mal absolu. Son interprétation exige des accents noirs semblables à la couleur des héros maléfiques des films expressionnistes allemands du début du XXème siècle. Ce rôle complexe, mêlant le chant à une forme de sprechgesang, est souvent dévolu aux mêmes interprètes que ceux d’Alberich, dans La Tétralogie.

Sa seule véritable scène, somme toute assez courte (la scène ouvre l’acte II de l’action), nous le montre inquiétant, maléfique, tant blessé qu’ivre de pouvoir : autant de nuances auquel l’interprète doit tour à tour donner vie tout autant dans sa prestation vocale que dans son jeu d’acteur.

Le rôle fut créé au Festspielhaus de Bayreuth le 26 juillet 1882 par Karl Hilll. Le chanteur avait d’ailleurs créé Alberich au cours de la première édition de La Tétralogie au Festival de Bayreuth en 1876, initiant toute une lignée d’Alberich qui se sont succédé dans ce rôle, dont Gustav Neidlinger (dans la direction d’Hans Knappertsbusch dans les années 60). Par la suite, Zoltan Kelemen s’imposa également des années durant comme un interprète incontournable du rôle, notamment dans l’enregistrement en studio de Sir Georg Solti. Aujourd’hui, des artistes tels que Wolfgang Koch, Evgeny Nikitin ou bien encore Oleg Bryjak sont reconnus comme les meilleurs interprètes de leur génération dans ce rôle aussi difficile qu’énigmatique.

NC

Sources :
– Wolfram VON ESCHENBACH, Parzival (Anthroposophiques Romandes Editions, 2005)
– L’AVANT-SCÈNE OPÉRA, Parsifal de Richard Wagner (collectif, éditions Premières Loges)
– Collectif, Dictionnaire des personnages (Collection Bouquins, Editions Robert Laffont, 1992)

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