Section IIIUne Oeuvre

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d'opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d'articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l'ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

Retour à l'accueil

ALBERICH

(baryton)

Celui qui deviendra l’un des personnages-clefs de La Tétralogie de Wagner est présent dès la Chanson des Nibelungen originelle du XIIIème siècle : appelé Alberich ou Albrich, le nain est présenté comme le détenteur de la chape magique qui, ayant été ravie par Siegfried, permet au héros de se rendre visible au cours de sa lutte avec Brünhild, permettant ainsi de gagner la fière amazone pour le compte du roi Gunther. Alberich dans la version originelle du poème est aussi un héros aussi valeureux que loyal et après la mort de Siegfried, il remet à sa veuve le trésor des Nibelungen que lui avait confié le triomphateur du dragon.

Dans La Tétralogie de Richard Wagner, le personnage a été très largement transformé ; du héros, certes secondaire mais positif, qu’il était dans la Chanson des Nibelungen, Alberich devient le pendant noir de Wotan. A la faute originelle de Wotan telle qu’elle est rapportée par le chant des Nornes durant le Prologue du Crépuscule des Dieux (le dieu vient s’abreuver à la source de la sagesse et taille dans le frêne de l’origine du monde la lance qui lui assure le pouvoir sur tous les êtres) répond la faute d’Alberich qui ouvre la première scène de L’Or du Rhin (parce qu’il ne réussit pas à se faire aimer des trois filles du Rhin, il est celui qui maudit l’amour et rêve de devenir maître du monde). Hasard ou fatalité, la visite du gnome aux ondines (et le rapt de l’or qui s’ensuit) intervient dans l’épopée de Wagner de manière totalement accidentelle (NB : Alberich ne connaît les pouvoirs de l’or que lorsque les ondines les lui dévoilent ; il en ignorait tout auparavant).

Si Alberich est celui par qui toute l’action bascule, entraînant avec lui la chute des dieux et la fin du règne primitif, c’est en fait plus par dépit que par nature qu’il devient un des êtres « noirs » de La Tétralogie. Néanmoins tout au long des quatre volets de l’œuvre de Wagner, son personnage évolue considérablement. Ainsi dans l’Or du Rhin, il évolue du gnome repoussant au premier tableau en despote avide de toujours plus de pouvoir. Et dès que l’anneau finit par lui échapper (grâce à la ruse de Loge), il n’a de cesse de figer son obsession sur les moyens à mettre en œuvre pour récupérer son « dû ». Et si les héros solaires que sont Siegfried et Brünnhilde suivent leur évolution vers un cheminement personnel ou psychologique meilleur, Alberich lui devient peu à peu prisonnier de son propre mal et s’enferme dans sa propre noirceur. Lorsqu’il intervient pour motiver son fils Hagen et ranimer sa haine (Le Crépuscule des Dieux, acte II, scène 1), c’est dans l’atmosphère inquiétante crépusculaire et nocturne d’un songe, où il n’est plus qu’une ombre à l’allure d’un spectre shakespearien.

Personnage éminemment complexe, la part vocale d’Alberich est considérable dans le Ring : il est quasiment omniprésent sur scène tout le long de l’action, depuis L’Or du Rhin jusqu’au Crépuscule des Dieux. Baryton quasi-comique dans L’Or du Rhin, tout autant qu’il est grinçant et plein de noirceur dans Siegfried et Le Crépuscule des Dieux, son « morceau de bravoure », la malédiction de l’anneau (« Bin ich nun frei ? Wirklich frei ? », L’Or du Rhin, scène 4), doit révéler la personnalité prophétique du personnage car ce sont des ces paroles que tout le drame découle.

Parmi les interprètes fameux du rôle d’Alberich, il faut citer en tête Gustav Neidlinger qui savait brillamment jouer de toute la palette de couleurs nécessaire à brosser les nombreuses facettes de ce personnage ambigu, un rôle qu’il endossa à la perfection depuis les Ring de Wieland Wagner à Bayreuth jusqu’à celui dirigé en studio par Georg Solti. Plus proche de nous, un Zoltan Kelemen a su aussi conférer au rôle toute sa noirceur. Aujourd’hui, le baryton Albert Dohmen, titulaire du rôle à Bayreuth, triomphe également dans celui-ci sur la plupart des scènes internationales.

 

NC

Sources :
La Tétralogie, collection « L’Avant-Scène Opéra », n. 227 (L’Or du Rhin), n. 229 (Siegfried) et 230 (Le Crépuscule des Dieux) (2005)
La Tétralogie, commentaire de Stéphane Goldet et profil vocal des personnages de Pierre Flinois, Guide des opéras de Richard Wagner (Fayard, Les Indispensables de la musique, 1988)
Wagner, mode d’emploi, Christian Merlin, collection « L’Avant-Scène Opéra », hors-série (2011)
– Dictionnaire des personnages (collectif, Robert Laffont éditeurs, Bouquins, 1992)

Retourner à LA TÉTRALOGIE (L’ANNEAU DU NIBELUNG, DER RING DES NIBELUNGEN), WWV86