Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Hans RICHTER

(né le 4 avril 1843 – décédé le 5 décembre 1916)
Chef d’orchestre

Hans Richter est l’image même de la fidélité. D’un naturel enthousiaste et ambitieux, le chef d’orchestre soutint le compositeur toute sa vie durant et même au-delà, participant lui-même au mythe de Bayreuth qu’il contribua à façonner. Refusant la simplicité et la compromission (il refusa ainsi de diriger les premières munichoises de L’Or du Rhin et de La Walkyrie à la demande du compositeur, ce qui provoqua la colère du jeune roi de Bavière Louis II ), il savait néanmoins faire entendre ses désaccords, notamment lorsqu’il soutint les œuvres de Johannes Brahms dont on a fait plus tard l’ennemi juré de Wagner, après Meyerbeer. Ouvert à toutes les formes musicales nouvelles qui avaient éclos à la fin du XIXème siècle, Richter fut un ardent défenseur des musiques de Bruckner et d’Elgar, des compositeurs assez peu connus de nos jours et dont on a du mal à appréhender la modernité.

Hans Richter est né en Hongrie dans la ville de Raab (alors province de l’Empire austro-hongrois). Il est le fils d’Anton Richter, un musicien, compositeur et chef d’orchestre lui-même et d’une mère chanteuse d’opéra. C’est donc tout naturellement que le jeune Hans suit les traces de son père et étudie la musique au sein du prestigieux Conservatoire de Vienne. Très vite, la sensibilité du jeune musicien est attirée par la sonorité si particulière et le timbre des cors, et il acquiert une connaissance et même une acuité particulière quant à ces timbres qui séduiront par la suite Richard Wagner. L’étudiant en musique se fait chef d’orchestre et se produit un peu partout dans les maisons d’opéra de l’Empire austro-hongrois où il fait ses premières armes. Très jeune encore – il n’a que vingt-trois ans – le chef d’orchestre est présenté à Richard Wagner. L’entente entre les deux hommes est immédiate et le compositeur déjà aguerri perçoit en ce jeune artiste une dévotion quasi-absolue doublée (ce n’est pas un luxe…) de facultés intellectuelles particulièrement brillantes, une solide formation musicale et une forte sensibilité.

Nous sommes en 1866 : Wagner s’est retiré dans sa villa de Tribschen au bord du lac de Lucerne après s’être fait «remarquer» (et expulser) du royaume de Louis II de Bavière. Il jouit alors du succès de Tristan et Isolde et d’une certaine notoriété. Richter connaissait déjà Lohengrin et Tannhäuser qu’il a pu voir à l’Opéra de Vienne. Là où certains autres ont abandonné ou ont méprisé cette nouvelle forme d’expression musicale, la sensibilité du jeune Hans Richter lui permet de comprendre la grande ambition wagnérienne. Plus qu’un simple attrait pour la nouveauté, c’est grâce à sa clairvoyance et à son intelligence que le jeune musicien sait appréhender avec une réelle facilité cette musique si indomptable. Lorsque les deux musiciens se rencontrent, Wagner est alors en plein travail de composition des Maîtres chanteurs de Nuremberg; l’aide que lui apporte le jeune Richter déjà dévoué sur lequel Wagner exerce un fort ascendant est donc plus que bienvenue. Le 30 octobre de la même année, Hans Richter arrive à Tribschen et prend officiellement ses fonctions en tant que copiste : le travail concernant l’instrumentation de la partition des Maîtres Chanteurs est énorme et le jeune homme sans sourciller se met à la tâche dès le lendemain. Il participe – tout en sachant rester à sa place – au succès de l’opéra quelque deux années plus tard. L’année précédente (en 1867), Wagner avait lui même recommandé le jeune homme auprès de son ami Hans von Bülow alors directeur de l’Opéra de Munich, où le jeune homme devient chef de chœur et chef d’orchestre.

Régulièrement sollicité par Wagner dans la décennie qui suit, Richter répond le plus possible présent. Il devient en 1875 chef de l’Orchestre philharmonique de Vienne (fonction qu’il conserve jusqu’en 1898). Fidèle parmi les fidèles, lors de l’inauguration du festival de Bayreuth en 1876, c’est Richter qui dirige les premières représentations de l’Anneau en présence de Richard Wagner. Lorsqu’en 1877 Wagner se rend à Londres pour une importante série de concerts, avec pour objectif de renflouer les caisses du Festspielhaus, il est malade. Richter l’accompagne comme chef d’orchestre et devient à partir de là un élément familier la vie musicale anglaise. Il y apparaît dès lors dans de nombreux festivals tel le Birmingham Triennale (1885-1909). En Europe il est principalement basé à Vienne, et malgré l’attention qu’il porte aux œuvres de Brahms, allant ainsi à l’encontre du sentiment de l’exigeant Wagner, il continue à travailler à Bayreuth.

Admirateur de Sir Edward Elgar, puis de Tchaikovsky, il a aussi soutenu Ignacy Jan Paderewski. Un problème de vision l’oblige à prendre sa retraite en 1911 et il meurt à Bayreuth cinq ans plus tard, en 1916.

Il a dirigé à Bayreuth :
La Tétralogie (1876, 1896, 1897), Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1888, 1889, 1892, 1899, 1901, 1902, 1904, 1906, 1908, 1911, 1912)

NC/SB

Le saviez-vous ?

Il semblerait qu’il ait été aussi difficile aux spectateurs désireux d’assister aux répétitions générales de La Tétralogie au Festival de Bayreuth à l’époque de sa création … qu’à ceux d’aujourd’hui !…. si l’on en croit ce portrait de Hans Richter (1843-1916), premier chef à avoir dirigé la création de l’épopée wagnérienne en août 1876.

RICHTER Hans karte

Las que l’on vienne lui demander des invitations et des précieux « sésame » pour entrer dans le Saint des Saints du Festspielhaus, le chef plaça d’emblée sur son chapeau ce petit écriteau : « Ich bitte mich nicht um Karte zur Hauptprobe anzusprechen, da Ich Keine besitze » (« Je vous prie de ne pas de me demander si j’ai des places pour la répétition générale, car je n’en ai pas ! »)…. La légende des places de spectacles les plus convoitées de l’Histoire de la Musique ne faisait que commencer !… (Bayreuth, 1876)

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