Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Hans HOTTERHans Hotter


(né le 19 janvier 1909 – décédé le 6 décembre 2003)
Baryton-basse

L’artiste que le Festspielhaus révéra comme un des piliers les plus solides du Nouveau Bayreuth  dans les rôles les plus lourds du répertoire de baryton-basse aurait pu débuter bien plus tôt sur cette même scène. Mais la politique et l’art ne font pas toujours bon ménage. Aux tentatives du régime nazi de conserver la voix du « géant » dans les rangs de l’Allemagne (tentatives de séduction puis menaces), le chanteur privilégia toujours la liberté. Alors qu’il triomphait déjà en Allemagne et en Autriche dans les années 40, le chanteur – qui avait toujours su garder sa liberté d’expression –  préféra renoncer à une carrière internationale (sans céder non plus au prestige de Bayreuth qu’il jugeait « malsain »),  les autorités allemandes le menaçant de faire disparaître les membres de sa famille si l’artiste osait franchir les frontières du Reich. Mais ce même Reich qui devait durer mille ans ne résista pas si longtemps, et, dès les lendemains de la seconde guerre mondiale, l’artiste enfin maître de ses choix se produisit enfin à Convent Garden en 1947 puis au Met en 1950. En quatre saisons, ce ne fut pas moins de treize rôles au cours de trente-cinq productions que l’artiste donna avec la générosité qui l’a toujours caractérisé.

Il manqua le Ring de l’ouverture du Nouveau Bayreuth, victime de crises d’asthme particulièrement éprouvantes, mais il put rejoindre l’équipe de Wieland Wagner dès l’année suivante, en 1952. Il y incarna tous les grands rôles de baryton-basse, dans toutes les productions : Wotan, d’abord (de L’Or du Rhin au Wanderer de Siegfried, en passant par celui, inoubliable, de La Walkyrie), un rôle qu’il interprétait déjà dans les petits théâtres de province allemands dans les années 20 ; Kurwenal, dans le premier Tristan de Wieland (1952) ; puis Marke, dans le second (1957) ; Gunther, Amfortas, avant d’être un inoubliable Gurnemanz, voire une référence ; Titurel, Sachs, Pogner… la liste est longue.

Proche de Richard Strauss (il créa Le Commandant de Friendenstag en 1938, puis Olivier de Capriccio en 1942), il partageait avec le compositeur cette foi en l’importance de la diction dans la musique. Ce qui fit de lui un interprète de lieder inégalé (son interprétation du Winterreise ou du Schwanengesang sont aussi émouvants que son Wotan), et un pédagogue hors pair au crépuscule de sa vie.

Artiste aussi impressionnant par sa carrure de géant que par le volume de sa voix, un dieu sur scène, il était surtout un être humain de tout premier ordre. Et lorsque les commandos de dénazification d’immédiate après-guerre firent l’injure à celui qui s’était battu de toutes ses forces contre le nazisme – jusqu’à y sacrifier sa carrière – de lui faire remarquer qu’Hitler possédait ses propres enregistrements dans sa collection privée, il répondit avec aplomb: «Le Pape également, je crois? »

 

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