Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Josef GREINDLgreindl miniature

(né le 23 décembre 1912 – décédé le 16 avril 1993)
Basse

Greindl l’incontournable, l’inégalable, l’insurpassable ! Que de superlatifs pour qualifier un artiste au timbre unique et à la diction remarquable. Sa carrière fut incroyablement brillante, tout particulièrement dans le répertoire wagnérien, straussien et mozartien. Sa tessiture de basse d’une profondeur inouïe le caractérisa et le démarqua d’emblée à son époque, elle fit sa renommée, et lui permit également de s’épanouir dans un large médium ainsi que dans des aigus pleins de vaillance.

Ses qualités étaient donc exceptionnelles vocalement, et elles l’étaient tout autant scéniquement ; il incarnait avec le même talent la bonhomie dans le rôle de Hans Sachs que la sagesse et la noblesse dans le rôle du grave Gurnemanz.

Ces qualités jouèrent sans aucun doute en faveur de l’artiste au lendemain de la guerre, et permirent que l’on « oublia » ses prises de position dans l’Allemagne du IIIème Reich. Membre du parti nazi assez tardivement, en 1939, Greindl  était considéré par Hitler comme l’une des figures emblématiques de Bayreuth et du chant wagnérien ; il fut ainsi inclus dans la très discutée « Gottbegnadeten List », la « liste de ceux qui ont été choisis par Dieu ». Mais au-delà des choix politiques d’un homme en une période agitée, on ne peut que s’incliner devant un tel talent, de telles interprétations, une voix reconnaissable entre toutes.

Né à Munich aux dernières heures de la Belle Époque, c’est dans sa ville natale que le chanteur fit ses études à l’Académie de Musique, de 1932 à 1936, où il suivit l’enseignement de Paul Bender et d’Anna Bahr-Mildenburg.

Josef Greindl fit ses véritables débuts sur scène dans le rôle de Hunding, dans La Walkyrie, sur la modeste scène du théâtre de Krefeld en 1936, où le chanteur était alors en troupe. Ce rôle marqua sa carrière et les spectateurs pour toujours : il devint en effet incontournable dans ce rôle, avec toute sa noirceur et sa froide brutalité.

De 1938 à 1942, le chanteur entra en troupe à l’Opéra de Dusseldorf où il interpréta tous les plus grands rôles de basse, dans la plupart des répertoires, mais avec une prédilection pour Wagner, dans lequel il excellait. C’est durant ces premières années de guerre qu’il fut remarqué par Heinz Tietjen, alors directeur artistique au Festival de Bayreuth auprès de Winifred.

Nul ne sut jamais si l’engagement politique de Greindl fut motivé (voire vivement encouragé de la part des dirigeants) par l’attrait de la prestigieuse scène de la « Colline Verte ». Il fit donc ses débuts à Bayreuth dès 1943 dans le rôle de Pogner des Maîtres Chanteurs dirigé par Wilhelm Furtwängler. Il n’avait alors que 31 ans ! Cette première prestation sur la scène si prestigieuse de Bayreuth révéla l’artiste au monde entier et celui-ci devint en une année la basse profonde que toutes les scènes lyriques les plus réputées au monde s’arrachaient : Paris, Milan, Londres, Buenos Aires, même le Metropolitan Opera de New-York.  Et partout, il triomphait.

Peu après la guerre, en 1948, Greindl rejoignit la troupe de l’Opéra du “Berlin allié”, celui de l’Ouest, et se produisit régulièrement au Festival de Salzbourg, de 1949 à 1952, où il magnifia sa voix tout comme son talent d’acteur aussi bien dans le rôle de Sarastro qu’à la création d’Antigone de Carl Orff.

S’il ne fut pas de la réouverture du Nouveau Bayreuth en 1951, il y fut invité dès l’année suivante, en 1952, où il partagea le triomphe de son partenaire de scène Wolfgang Windgassen qu’il croisa à l’occasion de presque toutes les productions. Il fut dès lors de cette équipe de Wieland Wagner qui en elle-même était un pari gagnant pour donner un nouveau souffle au Festival. Sur une période qui s’étala sur près de vingt ans, il fut Hagen, Gurnemanz, Marke, Fasolt, Titurel ou bien encore Fafner, le Landgrave Hermann et Henri l’Oiseleur. Greindl était devenu … irremplaçable ! A Bayreuth, il participa à pas moins de trois Ring successifs : ceux de Furtwängler (1953), de Keilberth (1958) et de Böhm (1966).

A partir des années 60, l’artiste prit le risque d’élargir son répertoire aux rôles de baryton-basse. Ce fut avec le même succès : inoubliable Hans Sachs (toujours au Festival de Bayreuth, de 1960 à 1964), il fut également un sombre Hollandais dans Le Vaisseau fantôme ou bien encore le Wotan vieillissant (Le Wanderer) dans Siegfried.

Distingué par le prix de la critique allemande en 1960, Josef Greindl consacra les dernières années d’une vie dédiée au chant au Conservatoire de Saarbruck (à partir de 1961) avant d’intégrer en 1973 celui plus prestigieux de Vienne, en Autriche, la ville de Mozart et de Richard Strauss, deux compositeurs dans l’oeuvre desquels il excellait. C’est dans cette ville qu’il s’éteignit le 30 avril 1993.

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