Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Birgit NILSSON (Märta Birgit Svensson)birgit nilsson

(née le 17 mai 1918 – décédée le 25 décembre 2005)
Soprano dramatique

 

Incomparable, inoubliable interprète d’Isolde et de Brünnhilde, elle laissa de son immense talent des témoignages sur disques qui, encore aujourd’hui, font figure de référence. Birgit Nilsson incarne, souvent avec son compagnon de scène Wolfgang Windgassen, le renouveau du chant wagnérien qui marqua la scène wagnérienne des années soixante, aussi bien à Bayreuth que sur les plus grandes scènes de théâtre lyrique du monde entier. D’une stature nordique solide et d’une voix puissante, Birgit Nilsson possédait un répertoire extraordinairement riche (pour des chanteurs dits « de la nouvelle génération ») ; elle interpréta simultanément Verdi, Puccini, Wagner et Richard Strauss. Surnommée avec affection « La Nilsson » ou bien encore « Miss N. » le talent et la carrière de Birgit Nilsson forcent toujours l’admiration de tout mélomane.

Birgit Nilsson – de son véritable nom Märta Birgit Svensson – naquit dans une famille modeste, ses parents étant simples propriétaires d’une ferme située à une centaine de kilomètres au nord de Malmö. Très vite, l’enfant fut attirée indiciblement par la musique ; elle confia plus tard lors d’une interview qu’elle savait chanter avant même de pouvoir marcher ! La musique était omniprésente dans la vie de la jeune fille qui ne cessait de chanter « même en dormant, dans ses rêves ». Ses qualités vocales furent rapidement reconnues et prises au sérieux lorsqu’elle intégra le chœur de la petite église de sa paroisse provinciale. Le chef de chœur recommanda aux parents de la petite Märta Birgit de lui faire prendre des cours de chant.

Particulièrement assidue, la jeune femme travailla sans relâche pour préparer l’audition du concours de chant de l’Académie royale de musique de Stockholm. Elle y fut reçue première sur quarante-sept chanteurs participants. Elle adopta dès le début de ses études au sein de cette école très réputée le nom de scène de Birgit Nilsson. Son meilleur professeur : elle-même comme elle le rappela toujours par la suite. Quelques-uns de ses premiers professeurs, sans doute déconcertés par la puissance de l’instrument vocal dont la jeune artiste disposait, auraient même failli lui détruire son bien le plus précieux qu’elle chérissait et peaufinait jour après jour avec autant de patience que de prudence.

Mais il fallut se décider un jour à monter sur les planches. Ce que Birgit Nilsson fit le 9 octobre 1946, en remplaçant au pied-lever la cantatrice qui tenait le rôle d’Agathe – qu’elle ne connaissait pas et dut apprendre en moins de trois jours – dans Le Freischütz de Weber. Cette première ne suffit pas pour décider de la carrière de la jeune artiste malgré les critiques élogieuses de la presse et il fallut attendre l’année suivante, en octobre 1947, pour qu’elle attirât l’attention du public dans son interprétation de la terrible Lady Macbeth dans l’opéra de Verdi, sous la direction de l’éminent Fritz Busch à l’opéra de Stockholm. La soprano n’avait alors pas même trente ans.

Stockholm est comme la plupart des théâtres européens de l’époque une maison « de répertoire » où l’on chante dans la langue du pays, en l’occurrence, en suédois – allant de Verdi à Wagner, en passant par Puccini ou bien encore Mozart, Tchaikovsky ou Richard Strauss. Le 26 Février 1948, elle se vit proposée le rôle de la Maréchale du Rosenkavalier de Strauss, un rôle que Nilsson appréciait énormément et qu’à son grand regret on ne lui proposa plus jamais par la suite. Elle ne put ainsi incarner le personnage de Richard Strauss qu’à Stockholm… et en suédois ! Mais ce rôle lui permit d’intégrer la troupe de l’Opéra de Stockholm. Elle brilla dès lors dans les rôles de Venus, Sieglinde ou bien Senta.

Son entente avec Fritz Busch fut immédiate et tellement spontanée que le chef n’hésita pas à parier sur la jeune soprano et cela décida de la carrière internationale de l’artiste, malgré son mariage avec Bertil Niklasson, jeune homme qui étudiait pour devenir vétérinaire, le 10 septembre 1948.

 Son premier engagement international se fit au Festival de Glyndebourne durant l’été 1951 dans le rôle d’Elettra de l’Idoménée de Mozart, une rôle plein de fougue, un volcan qui révéla l’artiste au monde entier. Le public germanique la demanda immédiatement : en 1953, Birgit Nilsson ouvrit le troisième Festival du Nouveau Bayreuth en y interprétant le rôle de soprano de la Neuvième Symphonie de Beethoven et en faisant ses débuts sur la scène de la prestigieuse scène de la Staatsoper de Vienne. Nilsson revint à Bayreuth l’été suivant, dans le rôle d’Elsa dans Lohengrin. Mais ce furent surtout les Etats-Unis qui révélèrent l’immensité du talent de la cantatrice et firent d’elle une véritable star. Après avoir débuté dans le rôle de Brünnhilde (La Walkyrie) en 1956 à l’Opéra de San Francisco, puis – toujours au pied lever – dans celui d’Isolde au Met à New York, en 1959, Birgit Nilsson fut dès lors demandée et acclamée sur toutes les scènes lyriques du monde : Vienne naturellement, mais également Berlin, Paris, Covent Garden à Londres, Buenos Aires, Chicago, Hambourg ainsi que Sydney et Tokyo.

Et Bayreuth, naturellement, le Temple saint de Richard Wagner, où elle incarna une Isolde pour Wolfgang Wagner aux côtés de Windgassen au cours de l’été 1957, puis une Sieglinde toute transcendante de feu pour le frère, Wieland, avant d’être la fille de Wotan, Brünnhilde, succédant ainsi en toute légitimité à Astrid Varnay.

Multipliant les performances sur scène, Birgit Nilsson fut LA star du Met en y donnant plus de deux cents représentations, ne couvrant pas moins de seize rôles. Pareil pour la Staatsoper de Vienne : deux cent trente-deux représentations dont la majeure partie était consacrée au répertoire wagnérien et straussien.

Autre fait exceptionnel la concernant, elle fut invitée en 1966 pour une performance plutôt inhabituelle au Metropolitan Opera : on lui confia dans Tannhäuser les deux rôles féminins, Vénus et Elisabeth. Elle prit sa retraite en 1984, au grand désespoir de ses admirateurs !

Personnalité débordant d’humour et ne résistant pas à confier les multiples anecdotes qu’elle rassembla dans une autobiographie devenue célèbre par la suite, Birgit Nilsson n’en était pas moins une femme d’affaire avisée. C’est ainsi qu’elle fut remarquée comme l’une des artistes les mieux payées de sa génération. A sa mort survenue en 2005 à l’âge de quatre-vingt-sept ans, n’ayant jamais eu d’enfant, l’artiste légua toute sa (colossale) fortune au profit d’une fondation (The Birgit Nilsson Foundation) destinée à récompenser les meilleurs artistes (chanteurs, chefs d’orchestre, metteurs en scène, formation orchestrale ou production d’opéra) en activité. Elle avait déjà créé une « Bourse Birgit Nilsson » en 1969, accordant jusqu’à 100 000 couronnes suédoises, mais le « Prix Birgit Nilsson » est le plus important prix de musique classique existant : 1 million de dollars américains doit récompenser tous les deux ou trois ans l’exception. Après avoir récompensé Placido Domingo (2009) puis Riccardo Muti (2011), le dernier en date (2014) fut attribué à l’Orchestre Philharmonique de Vienne. L’Orchestre déclara vouloir consacrer cette somme à faire digitaliser toutes ses archives et mettre celles-ci gracieusement à la disposition du public. Même après sa disparition, l’artiste continue à faire vivre l’opéra pour le profit de tous.

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