Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Johan BOTHAmvrw-botha-lohengrin-londres-2009-elijah-moshinsky

(né le 19 août 1965 – décédé le 8 septembre 2016)
Ténor

Emporté en septembre 2016 par un cancer foudroyant, Johan Botha ne cesse d’accumuler depuis les superlatifs dans les hommages qui lui sont justement rendus : salué comme “l’un de nos plus accomplis et talentueux chanteurs d’opéra et un bon ambassadeur de l’Afrique du Sud dans le monde” par Jacob Zuma, président de la république sud-africaine, sa patrie d’origine, ou bien encore comme “l’un des rares ténors de haut niveau”, “l’un de nos meilleurs chanteurs” par Dominique Meyer, directeur de la prestigieuse Staatsoper de Vienne, le chanteur était au sommet de son art. Heldentenor vigoureux, s’illustrant avec insolence et brio sur les scènes les plus réputées telles que le Metropolitan de New-York, le Festival de Bayreuth ainsi que le Théâtre de la Scala de Milan, c’est l’un des plus vaillants chanteurs wagnériens de notre génération qui vient de s’éteindre. Il avait seulement 51 ans.

Né en 1965 à Rustenburg, près de Johannesburg, Johan Botha débute l’apprentissage du chant très tôt dans le cercle fermé de sa famille, en écoutant de vieux enregistrements de son père. C’est une voix d’une puissance innée qui sort de ce corps d’adolescent déjà rompu à l’apprentissage des rôles les plus difficiles des répertoires de Puccini et de Verdi, cette voix caractéristique qui promet à ceux qui la possèdent vaillance et longévité sur les plus grandes scènes du monde.
Lorsqu’il doit accomplir son service militaire obligatoire, Botha intègre les choeurs de la South African Air Force. Et lorsqu’ensuite il étudie le chant à l’Ecole d’opéra de Pretoria en tant que baryton-basse, le jeune chanteur se découvre des facilités incroyables dans l’aigu. Un aigu particulièrement éclatant qui, par la suite, a fait sa renommée. Il fait finalement ses débuts dans le répertoire allemand – dans le rôle de Max du Freischütz, rôle de ténor- sur la scène du théâtre municipal de Roodepoort, en Afrique du Sud, en 1989.

Venu en Europe pour poursuivre son étude du chant, Johan Botha intègre rapidement les forces massives des choeurs … du Festival de Bayreuth ! En 1990. Il y reviendra quelques années plus tard, en tant que soliste acclamé avec le succès que l’on sait.
C’est Paris qui, en premier, donne sa chance au jeune ténor et lui ouvre les portes d’une carrière internationale. Au cours de représentations de “Madame Butterfly” à l’Opéra-Bastille en 1993, il est appelé pour venir remplacer à la dernière minute le ténor Alan Woordow, alors souffrant, dans le rôle de Pinkerton. C’est une immédiate révélation.
Dès lors, les engagements se succèdent les uns aux autres. Sans répit, tous les rôles, y compris les plus exigeants du répertoire, semblent réussir à ce jeune et brillant artiste, et ce sur les scènes les plus prestigieuses : le Met à New-York, le Royal Opera House de Covent Garden à Londres, la Staastoper de Vienne – scène sur laquelle il s’illustre régulièrement dans les années qui suivent, plus de 200 représentations, ce qui lui vaut d’y être honoré du titre de “Kammersänger” en 2003 – le Théâtre de la Scala de Milan, ou bien encore les scènes du Théâtre du Châtelet et de l’Opéra-Bastille à Paris.

Si sa corpulence rend parfois difficilement crédible son jeu scénique, Johan Botha compense ce frein par une voix particulièrement chaleureuse et apaisante, où triomphent les aigus les plus “tonitruants”.
Dirigé par les plus grands chefs, tels James Levine, Daniel Barenboïm, Valery Gergiev, Christian Thielemann ou bien encore Kiril Petrenko, le heldentenor été l’un des plus brillants ambassadeurs de Wagner à travers le monde. On garde en mémoire des Siegmund – son rôle fétiche, qu’il a chanté pour la dernière fois au Festival de Bayreuth au cours de l’été 2015 puis à l’Opéra de Budapest en juin 2016 – des Tannhäuser, des Lohengrin, des Walther von Stolzing d’exception.

C’est à Vienne, en Autriche où il avait élu domicile avec sa femme et ses deux enfants, que Johan Botha a disparu en septembre 2016. Il donna son dernier concert, le 13 août de la même année, à Cape Town en Afrique du Sud, au bénéfice d’une association pour la lutte contre le cancer.

 

NC

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