Section VIls ont créé Wagner et le mythe wagnérien

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

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Unknown-30Andreas SCHAGER

(né Andreas Schagerl, en 1971, à Rohrbach an der Gölsen, Basse-Autriche)

Heldentenor (ou ténor héroïque) autrichien

 

Nouveau phénomène de la scène lyrique wagnérienne, Andreas Schager est cet étonnant  Heldentenor (ténor héroïque) que rien, dans sa fulgurante ascension, ne semble pouvoir arrêter et que toutes les scènes wagnériennes s’arrachent. Depuis peu d’ailleurs, car sa notoriété au niveau internationale est toute fraiche encore. Salué par certaines critiques comme « le nouveau James King » (« ou le nouveau Wolfgang Windgassen »… tout dépend des préférences du critique !), cet artiste à la voix puissante et solaire incarne à lui seul ce renouveau du chant wagnérien que Bayreuth attendait.

Et,  en plus de capacités vocales indéniables, – résultat d’un long apprentissage d’une technique maîtrisée à la perfection et dont le timbre posé et projeté avec intelligence en est la preuve « vivante » – ce ténor à la vaillance « quasi-insolente » double également ses effets de bravoure d’un engagement scénique total et particulièrement mûri quant au caractère de chacun des personnages qu’il interprète, et qui le fait passer tour à tour de l’innocence puis à la gravité de Parsifal, d’un jeune et bouillonnant Siegfried à l’une des interprétations les plus émouvantes de Siegmund de notre temps, tout comme, aux débuts de carrière, il fut également un David, un Erik, un Tannhäuser, et même un Rienzi (!) à l’interprétation magistrale, annonçant le renouveau du chant wagnérien auquel il allait largement contribuer. Avec des intonations ainsi qu’un sens de la déclamation plus contemporains, les héros de Wagner interprétés sur scène par Andreas Schager, nous apparaissent, grâce à l’intelligence musicale de ce fin artiste, résolument plus proches de nous, plus humains, plus contemporains.

Le futur prodige Andreas Schager est avant tout un homme issu de la terre. D’une famille d’exploitants agricoles de Basse-Autriche, plus précisément, de la petite ville de Rohrbach an der Gölsen (tout juste 1800 habitants). En parallèle à une scolarité classique, le jeune homme passe son temps « libre » à aider naturellement aux travaux de l’exploitation agricole familiale. Et comme en Autriche, la tradition de la musique est primordiale – car de la musique populaire à certains des Lieder de Schubert il n’y a qu’un pas -, le jeune Schager grandit déjà dans une atmosphère toute bercée de musique héritée directement des Ländler villageois.

Ayant perdu son père fort jeune alors qu’il terminait ses études au lycée, Andreas Schager se rend à Vienne ; dans la capitale autrichienne, il envisage pendant un temps d’entamer des études de théologie et d’histoire qui le passionnent (Parsifal et les Nibelungen ne sont déjà peut-être pas si loin ?) Mais assez vite, le jeune homme abandonne cette idée et retourne bien vite à la musique, celle qui a toujours su l’accompagner. Très vite, le bouillonnant Schager opère un revirement total dans ses premiers plans de carrière … afin de ne plus se consacrer exclusivement qu’à l’apprentissage du chant. C’est ainsi qu’il effectue ses tous premiers débuts à l’Académie de Chant de Vienne (Wiener Singakademie) où le jeune étudiant-chanteur apprend aussi bien les bases de la technique vocale que celles du répertoire classique, et se produit en concert (c’est là qu’il aborde très tôt les parties de solistes des oratoriaux ou autres oeuvres chorales). Puis, très vite remarqué dans les rangs anonyme des choeurs, le jeune ténor est sollicité à entamer une formation rigoureus de chant à la prestigieuse Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne (Universität für Musik und darstellende Kunst Wien) (ND : son professeur est alors Walter Moore).

Il n’a pas même terminé son cursus qu’il est invité à se produire sur scène pour effectuer ses débuts en 1998 dans le rôle de Ferrando (ténor léger mozartien – Cosi fan tutte) sur la scène du Schlosstheater de Schönbrunn.

Puis, – suivant la trace et le parcours d’autres illustres ténors de la scène wagnérienne tels que Lauritz Melchior, Franz Völker ou bien encore Wolfgang Windgassen – Schager se rompt à l’art de l’interprétation scénique dans le répertoire de l’opérette viennoise. Dans cette dernière, il interprète avec autant d’enthousiasme qu’il sait afficher son physique juvénile et souriant les rôles de ténors légers au Théâtre de Krefeld et de Mönchengladbach. En l’espace de quelques saisons, l’artiste aborde et maîtrise tous les rôles du répertoire… de l’opérette viennoise… à Offenbach !

Mais Mozart – et la musique que le compositeur écrivit avec passion pour la voix de ténor – « sonne » également comme une évidence – surtout lorsque, comme Schager, l’on est autrichien – et c’est donc avec ses Tamino, Ferrando, Don Ottavio que le ténor aborde ce nouveau répertoire pour lui. Un répertoire dans lequel il excelle et où il recueille ses premiers grands succès. Choix fort judicieux car c’est avec Mozart que l’artiste commence à se tailler une réputation internationale. Acclamé au Teatro Communale de Bologne, puis à la Alte Oper de Francfort, ce sont bien vite toutes les scènes – de Vienne jusqu’au Canada – qui acclament à leur tour ce nouveau héros mozartien.

En 2009, Schager opère un tournant drastique dans sa carrière et se voit confronté pour la première fois – presque par hasard, mais le challenge est bien loin d’effrayer ce « ténor qui ne connaît pas la peur – au répertoire wagnérien. Et pas dans les plus insignifiant des rôles de la partition wagnérienne, puisqu’il remplit ses tous premiers engagements dans le rôle difficile et exigeant de David des Maîtres Chanteurs de Nuremberg sur la scène du Festival d’Erl (Tyrol). Le succès est aussi vif que la critique, unanime.

Et c’est dès lors tout un répertoire – pour cet artiste dont la voix s’est entre temps considérablement élargie – qui s’offre à lui : celui de ténor dramatique ou Heldentenor. Très vite, les engagements se succèdent les uns aux autres, l’artiste remporte maints succès … et les rôles s’enchainent à une vitesse vertigineuse : Florestan (Fidelio), Erik (Le Vaisseau fantôme) ou bien encore Max (Le Freischütz).

Richard Wagner, ses opéras ou drames musicaux à l’écriture musicale complexe, à la prosodie si richement travaillée et tellement délicate à interpréter ainsi qu’à en elle-même et propre aux ouvrages du compositeur également librettiste requérant de ses interprètes des qualités d’acteurs jusqu’alors jamais sollicitées : toutes ces composantes de la facture wagnérienne, le ténor les assimile avec une déconcertante facilité. Comme si cette musique avait été composée pour lui. Au fur et à mesure qu’il aborde l’un après l’autre tous les grands rôles des héros wagnériens, le ténor approfondit sa technique ainsi que son interprétation. Musicale et rigoureuse pour la première, toujours sincère et spontanée pour la deuxième.

Après son tout premier Rienzi interprété sur la modeste scène du Théâtre de Meiningen (juin 2011), ce seront au tour sur de petites scènes allemandes (l’Opéra de Halle) puis des plus prestigieuses (la Staatsoper de Münich) d’assister aux prises de rôles d’un artiste tout aussi prudent qu’il est talentueux. Et Schager d’exceller aussi bien dans les âpretés du rôle-titre de Tannhäuser, d’irradier par sa vaillance les deux rôles de Siegmund et de Siegfried dans La Tétralogie, d’illumine le noble front de Parsifal ou bien encore de confèrer sa voix puissante et chaude aux sombres accents de Tristan.

En moins de trois ans, c’est chose faite : Andreas Schager – dont la popularité commence par ailleurs à se faire remarquer en dehors des frontières germaniques – connaît, maîtrise et excelle dans son interprétation de tous les rôles majeurs de heldentenor wagnériens. Ne reste plus à l’artiste qu’à affronter… le vaste monde.

Et comme le hasard se mêle parfois de brouiller les cartes de la destinée des artistes ou de sortir d’une coupe fortuite de valeureux atouts, l’ascension du ténor doit également son extraordinaire rapidité à quelques circonstances inattendues qui jouèrent des rôles déterminants en la faveur de ce dernier.

Au cours d’une représentation de Siegfried dirigé par Daniel Barenboïm sur la prestigieuse scène de la Staatsoper de Berlin le 7 avril 2013 (dans le cadre de la « Tétralogie du bicentenaire » de la naissance du compositeur – coproduction Teatro alla Scala de Milan et Staatsoper de Berlin), Schager remplace au pied levé l’un de ses collègues, le ténor Lance Ryan en méforme vocale et devant déclarer forfait après le premier acte. Au terme de la représentation, l’artiste – déjà repéré par le Maestro Barenboïm qui n’attendait que ce type d’occasion pour révéler au public son « poulain » – reçoit les ovations on ne peut plus enthousiastes d’un public conquis. Pour avoir sauvé ainsi la représentation du marasme et qui plus est avec un tel succès, les deux ténors seront distribués en alternance pour la série des représentations de Siegfried et du Crépuscule des Dieux. Son talent n’étant plus à démontrer, le jeune prodige effectue quelques mois à peine après ses débuts dans ce rôle (et dans les deux journées du Ring) au célèbres « Proms » londoniennes ainsi que sur la scène du Théâtre de la Scala de Milan.

Nouveau coup du destin : alors qu’il doit effectuer ses débuts au Festival de Bayreuth au cours de la saison 2016 dans le rôle d’Erik du Vaisseau fantôme, Schager remplace cette fois Klaus-Florian Vogt dans la nouvelle production de Parsifal de la Colline dans la mise en scène de Uwe-Eric Laufenberg. C’est un nouveau triomphe. Il ne faudra pas longtemps à la Direction du prestigieux Festival pour se décider à engage le ténor pour incarner le « chaste et fol » dans les reprises de la production… jusqu’en 2019 !

Preuve complémentaire que les plus grandes scènes sont conquises par les qualités de cet artiste sur lequel il convient aujourd’hui de miser, l’agenda de ce dernier est aujourd’hui planifié… jusqu’en 2025 ! Pour ses interprétations des rôles majeurs des œuvres de Richard Wagner bien entendu, mais également chez Richard Strauss tout comme en concert (Gurrelieder de Schoenberg ou IXème Symphonie de Beethoven). Musicien et amoureux de la musique avant tout, le ténor se produit également en récital où il interprète la mélodie allemande.

Aussi sympathique qu’il est abordable dans la vie publique, Andreas Schager, bien qu’acclamé par les publics des scènes les plus prestigieuses a toujours su rester modeste et fait toujours preuve d’une simplicité exemplaire. Tout comme il préfère rester loin des « feux brûlants » des projecteurs des paparazzi et refuse de se compromettre avec les dangereuses tentations du « star system ». Marié depuis peu avec la talentueuse violoniste Lidia Baich – autre artiste prodige acclamée elle également sur les plus grandes scènes…de salles de concert, cette fois ! – le jeune couple vit heureux et en toute intimité à Vienne.

Après avoir gravi les premières marches qui l’ont conduit à briller aujourd’hui sur les plus grandes scènes avec modestie mais avec une rare prudence qu’il convient de saluer, s’être forgé un répertoire dont il peut s’enorgueillir d’être aujourd’hui l’un des plus brillants interprètes ainsi que de recueillir aujourd’hui les fruits du mérite d’un travail intense et passionné, le ténor Andreas Schager s’illustre toujours avec le même brio, une réelle maîtrise et intelligence de la partition ainsi qu’un engagement scénique toujours sincères et jamais surjoué. Et sur les plus grandes scènes wagnériennes internationales, de Vienne … à Tokyo ! L’an prochain, il sera, entre autres, Parsifal à l’Opéra de Paris (Bastille) en avril-mai 2018, aux côtés d’Anja Kampe, de Peter Mattei, de Jan-Hendrik Rootering ou bien encore d’Evgeny Nikitin, sous la baguette de Philippe Jordan dans une nouvelle production mise en scène par Richard Jones. Avant de faire ses débuts au Met. Rien n’arrête décidément la carrière du fulgurant Andreas Schager !

NC.

Andreas SCHAGER en quelques portraits de personnages d’opéras de Richard Wagner :
(cliquez sur un portrait pour accéder au diaporama complet)

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