Wilhelm FURTWÄNGLER

Cette section présente une série de portraits biographiques de ceux qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de l’œuvre wagnérienne. Des amitiés ou des inimitiés parfois surprenantes ou inattendues, des histoires d’amour passionnées avec les femmes de sa vie, parfois muses et inspiratrices de son œuvre, mais également des portraits d’artistes (chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre…) qui, de nos jours, se sont “appropriés” l’œuvre du compositeur et la font vivre différemment sur scène.

FURTWÄNGLER Wilhelm

(né le 25 janvier 1886 - décédé le 30 novembre 1954)

Chef d’orchestre

(article en cours de validation éditoriale)

 

FURTWÃNGLER ET WAGNER
par Gilles LLAURENS

Furtwängler, le plus grand chef d’orchestre de son époque, et Wagner le compositeur le plus génial et le plus novateur de la sienne, ont connu des destins qui par certains côtés se ressemblent. Ils ont tous deux vécu des moments historiques très troublés et ont, tous deux, eu des attitudes pleines de surprises et de grandeur face à ces périodes de fiireurs. Bien sûr, ils sont tous les deux chefs d’orchestre et compositeurs ; l’un étant resté, évi- demment, connu comme chef et l’autre comme compositeur. Et quoique leur image, aujourd’hui, soit plutôt celle de maîtres passant pour quasiment rétrogrades, ils ont été chacun dans leurs domaines des génies d’une très grande modemité ouvrant la voie à la musique et à la direction actuelles.

Nous allons essayer, en parcourant la biographie de Furtwängler, de mettre en relief l’importance de Richard Wagner dans le parcours musical du grand chef. Gustav Heinrich Emst MartinW1lhelm Furtwängler naît le 25 janvier l886 à Berlin, année où décède Liszt, où Rimbaud publie « Les illuminations » et Nietzsche “Parde là le bien et le mal ».

Issu d’une famille bourgeoise et cultivée (son père est archéologue et sa mère peintre), il prend des leçons de piano dès quatre ans ; à sept ans il compose une petite pièce pour piano et à dix ans sa mère peut rassembler une quaran- taine de pièces. Quand on lui demandait ce qu’il plustard, il répondait invariablement : compositeur ! A treize ans, il avoue un peu de lassitude pour ses études musicales : “Malgré toute la peine que je me donne, je ne suis pas satisfait” (. . .) affirme-t-il. “Les cours de musique sont très inté- ressants, les cours de violon aussi, mon professeur de violon Mr Wagner, qui appartint à Porchestre de la cour est très sévère, mais c’est un bon maître ».

On envisagea ensuite pour lui une carrière de pianiste virtuose et, du haut de ses dix-sept ans, il répondit encore : compositeur !

Mais sa première symphonie en ré (à ne pas confondre avec sa symphonie N°1) donnée à Breslau (aujourd’hui Wroclaw en Pologne) reçut un accueil déplorable ce qui le désappointa fort. Pendant ces années d’apprentissage, le jeune Wilhelm a rejeté la musique de Wagner, peut-être influencé par des parents qui avaient des goûts musicaux très classiques (en particulier sa mère dont le père avait fiéquenté Brahms). Ses premières impressions à l’écoute de Tristan et Isolde et des Maîtres Chanteurs à l’ãge de quinze ans furent négatives : il y trouvait un trop plein de sentimentalité : “tout me semble insipide, exagéré et théãtralement vide” (cité par Daniel Gillis dans “Furtwängler and Wagner”) “et les quelques vraiment beaux passages dans la partie orchestrale ne contrebalancent pas l’ essentielle imposture de l’œuvre entière ». Après ces années d’apprentissage, sa vie, en raison de contingences matériel- les, s’orienta insensiblement vers la direction d’orchestre. Cette période reste toutefois mal connue. Il fut d’abord répétiteur de chœurs à Breslau, puis prit un poste qui s’était libéré à Zurich (poste que Max von Schillings, ami de la famille, lui signala) dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que le poste était bien rémunéré. . . Ensuite il fiit répétiteur à l’Opéra de Munich sous la direction de Felix Mottl (cle 1907 à 1909) mais sans activité de chef connue.

En septembre 1910, il quitte Munich pour Strasbourg où il devient le troisième assistant de Richard Fried et Hermann Büchei. En avril 1911 (il a vingt-cinq ans), il obtient, grâce à une amie de sa mère et de Thomas Mann, le poste de chef d’orchestne à Lübeck devenu vacant suite au départ d’Hermann Abendroth. Il y dirige en tout trente-deux concerts symphoniques, cent quatre concerts populaires, neuf concerts avec chœurs, et trois opéras dont Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, son pre- mier Wagner et son préféré à l’époque. Wagner affirme-t’il « dans les Maîtres Chanteurs a atteint quelque chose qui n ‘avait jamais été atteint depuis le temps de Beethoven « . Quand on sait l’admirafion qu’il porte à Beethoven ce n”est pas là un mince compliment ! Le jeune homme malgré son image austère pour ne pas dire sévère se révèle dès cette époque, un grand séducteur dont les enfants naturels seront la marque tout au long de savie. Sa réputation de chef grandit et commence à s’imposer : il dirige souvent des ouvertures ou des préludes de Wagner.

Ayant obtenu le poste de Kapellmeister à Mannheim, laissé vacant par Arthur Bodansky, il y dirige ses premiers opéras du Ring : La Wakyrie le 7 novembre 1915, Siegfried le 12 decembre et Le Crépuscule des Dieux le 19 du même mois. En septembre 1917 (il a trente-et-un ans), il dirige l’intégralité du Ring au Kurhaus de Baden-Baden où les critiques le sumomment “das Wunder Furtwängler” (la merveille Furtwängler). Il écrit à cette occasion “Notes sur la Tétralogie » où ses réticences d’adolescent sont remplacées par une admiration pour “l`œuvre totale » qu’est le Ring : « la musique est ici I ‘atout .suprême dans la main du poète et l’instrumen! le plus perfectionné dont il dispose ». Malgré quelques réticences, il accepte en 1919, la direction du Tonkünstler-Orchester qui deviendra le Wiener Symphoniker et les critiques deviennent dithyrambiques : “Il y a plusieurs catégories de concerts : les concerts symphoniques, les concerts phílhamloniques, les concerts des Sociétés et les concerts de Furtwängler”, écrit le célèbre critique viennois Max Morold. En 1920, il démissionne de son poste à Mannheim en raison de trop nombreux engagements : Erich Kleiber le remplace. “ Après la mort d’Arthur Nikisch, Furtwängler lui succède en 1922 à la tête du Berliner Philharmoniker et du Gewandhaus de Leipzig. Rompant avec les programmes de Nikisch organisés autour de Brahms, Beethoven et Bmckner, il faitjouer de plus en plus d’œuvres de ses contemporains qu’il fait connaître au public souvent réticent, Fur- twãngler précisera lui-même plus tard: « Dire que je rejetais la musique moderne, ce que j ‘eniendais de plus en plus à I ‘e’poque, est vraiment ridicule. Je ne me serais jamais pardonné de n ‘avoir pas pris un intérêt actif pour les travaux de MM. Stravinski, Honegger Hindemith, Bartók et tant d ‘autres”. Il ne cite là que les plus célèbres aujourd’hui, mais tout au long de sa carrière il n’ajamais arrêté de créer des œuvres de jeunes compositeurs. Wilhelm se marie avec la belle danoise Zlita Lund le 22 mai 1923, mariage qui ne dure pas (divorce en 1931) peut-être en raison de la naissance du quatrième enfant illégitime trois mois après son mariage !

Les premières toumées s’organisent : en Allemagne bien sûr mais aussi en Suisse en 1923, puis deux en Angleterre en 1924 qui inaugurent la tradition des tournées anglaises du Berliner. S’0uvre alors une période où Furtwängler conquiert le monde : Une pre- mière toumée aux USA en janvier 1925 où il dirige le New York Philannonic Orchestra de Toscanini, suivie d’une deuxième en février 1926 et d’une troisième en février 1927. Cette dernière est plutôt mal reçue par une certaine critique encouragée par la jalousie de ses confrères, en particulier celle de Toscanini qui restera son rival ; cependant le public saluera son dernier concert par quinze minutes de standing ovation. En mai 1928, la tournée du Philharmonique de Berlin s’arrête à Paris (il y dirige le prélude desMaitres Chanteurs) et elle marquera “une étape décisive dans le rapprochement culturel de deux grands peuples ». Nous sommes après la pre- mière guerre mondiale mais son attitude sans concession vis-à-vis du Kaiser et son amour de la musique française fera que la France le décorera lors de son deuxième passage à Paris en mai 1929. « La musique fiartçaise, tout ce qui dans la musique me semble être typiquement français, cela m ‘est naturel. Je suis prêt à être ému par le calme mystérieurde Debussy, comme par l’agitato de Schumann ou la volupté métaphysique de Wagner. Parmi les Romantiques, j’aime Berlioz. Voyez-vous, en le comparant à un autre fils de Beethoven- à Brahms- je dirai que Brahms a plus de chaleur; de perfection mais Berlioz, plus de feu et d ‘exubérance Berlioz est le maître par l ‘audace de ses conceptions et la réussite de ses réalisations. Il n ‘était pas un artisan virtuose du contrepoint comme Wagner ou Richard Strauss, mais il avait une technique personnelle, cette technique lui permettait de combi- ner les contrastes baroques qui lui plaisaient et de donner forme aux sonorités étranges qui lui étaient naturelles. Pour de l ‘amateurisme, c ‘est bien vivant et bien solide, cela garde aujourd ‘hui toute sa fraîcheur: Et puis après Beethoven et comparé avec lui, mesuré à la mesure beethovenienne, même des compositeurs comme Weber ou Schumann ont quelque chose de I ‘amateur Il est rare de rencontrer une maîtrise accomplie en tout point, comme Ravel nous en donne I ‘exempIe. Cela veut dire que Ravel a été un grand musicien, mais cela ne veut pas dire que Ia maîtrise musicale soit la seule chose qui compte pour établir le rang d ‘un musicien créateur  » Pendant la saison 1929-1930, en plus des concerts in loco, il fera en décembre une tournée avec le Philharmonique de Berlin, puis en avril une deuxième avec le Philhamionique de Vienne et enfin en mai une troisième de nouveau avec les Berliner. Pendant toutes ces années sa gloire est intemationale et son talent est incontesté. En 1931 il écrit un petit texte “Wagner méconnu” qui a des échos qui sonnent paniculièrementjuste aux oreüles wagnériennes : “Il y a peu de chanteurs actuellement qui soit formés aux exigences du répertoire wagnérien, peu de chefs d ‘orchestre qui aient l ‘envergure naturelle pour ces œuvres – et cela ne s ‘apprend pas – infiniment peu de metteurs en scène qui sachent à quels impondérables tient « l ‘œuvre d ‘art total  » selon Wagner ”… La puissante clarté du langage musical wagnérien et aussi – je tiens à le souligner – l’éblouissante évidence du poète dramatique Migner exerceront toujours la même fascination sur la jeunesse actuelle et sur celle qui vient déjà la relayer Sa technique de direction donne lieu à de très nombreux commentaires parfois amusants, parfois négatifs, parfois incrédules, le plus souvent élogieux. Le musicologuefied Goldheck explique simplement la gestuelle de Furtwängler : “Furtwângler est unique pour concilier, dans l’art du chef d’orchestre, Finitiative et l°aban- 1 don. ll se laisse porter, emporter par la mu- sique (. . .)t Furtwãngler remplace à peu près tous les signaux impératifs et volontaires par des gestes expressifs. Avant de battre la mesure, il s’avise qu’il ne plaît peut-être point à la mesure d’être battue. Il renonce donc très souvent à“fi:ire savoir” les départs aux musiciens par le geste de convention. Mais il ne le leur suggère qu’avec plus de préci- sion. Et les musiciens partent avec une si- multanéité absolue et, partant sous une im- pulsion directe et non pas “par ordre », ils ont le sentiment de partir “par hasard” (ce sont les hasards de cette sorte qui dis- tinguent le bond du chat vivant de celui du lapin mécanique)”. De même, on se souvient que Richard Wagner défendait déjà en 1869 dans un opuscule “Sur la direction d`orches- tre” Pirrégularité du tempo et l’irnpératif pour un chef d’intetpréter la musique. Il est invité pour la première fois à Bayreuth en 1931, donc relativement tardivement, pour Tristan et Isalde. Siegfi-ied Wagner y avait déjà pensé, mais Furtwängler s’était montré réticent peut-être en raison de sa rivalité avec Toscanini. C’est Winified qui finit parle convain- cre, mais leur collaboration sera pleine de problèmes en raison notamment du rôle assez trouble de Heinz Tietjen. On raconte que lors du concert d’hommage à Cosima et Siegfiied Wagner, Toscanini dirigeant l’ouverture de Faust ettrouvant l’acoustíque du Fiestpielhaus inadaptée pose la baguette ; Furtwängler convainc alors le public de rester et obtient un triomphe en le rempla- çant. Il dirigera à nouveau à Bayreuth en 1936 (Parsifal, Lohengrin et le Ring), en 193 7 (Parsifal et le Ring) et en 1943 et 1944 (LesMaîtres Chanteurs de Nuremberg). Il y revien- dra en 1951 et 54, non pour Wagner mais pour Beethoven. Pour mémoire, il s’est produit à Lyon le 16 mai 1930 (programme inconnu), le 8 mai 193 l (ouverture de Îärmhäuser), le 7 mai 1933 (ouverture desMaître.r Chanteurs; ouverture de Tannhäuser et l/ènusberg) et le 20 avril 1934 (Siegfried Iafyll et ouverture des Maîtres Chanteurs). Il reviendra à Lyon le 5 mai 1954 (sans Wagner au programme). Nous entrons dans la période 1933-1945 que Gerard Gefen nommejustement “unjeu de dupes ». Les problèmes de Furtwångler avec le pouvoir en place à Berlin se multiplient, Sans en détailler toutes les péripéties, il convient de préciser qu’en choisissant de rester en Allemagne sans être membre du parti nazi (oe qui n’est pas le cas de tous ces confrères. _ .), il s’est mis dans une position intenable vis-à-vis de son pays mais aussi des alliés. Sa résistance au pouvoir en place est pourtant réelle ; il défend Hindemith et son œuvre Mathis le peintre publiquement dans un article publié par l’AIlgemeine Zeitung le 25 novembre 1934 : « Hindemilh ne s ‘est jamais engage’ en politique. Vers quel avenir allons-nous si les méthodes de dénonciationspoliti- ques sont appliquées au domaine de la musique ? Plus encore, et ceia doit être très clan; nous ne pouvons pas nous pemzettre de renoncer à un talent comme Hindemith « _ Göring le menace alors de déportation ce à quoi Furtwãngler répliquera qu’il y sera en bonne compagnie. Il est important de noter qu’au même moment Staline menace de la même manière Dimitri Chos- takovitch après la création de son opéra Lady Macbeth de Mlzensk. En octobre et en novembre 1934, il dirige deux représentations du Ring à la Staatsopetz Le 2 décembre, pour Tristan et lsolde, il est applaudi vingt-cinq minutes à son entrée et vingt- cinq minutes à chaque salut d’acte et cela en présence de Goebbels et de Göring. Ceux-ci comprennent la portée politique de la réaction du public ; après un entretien avec Hitler, le lendemain, sa démission est exigée. Furtwängler se démet alors volontairement de toutes ses fonctions ofiicielles et se retire dans les Alpes bavaroises en se consacrant à la composition. Le 25 avril 1935, il retrouve son orchestre. Hitler est présent, mais dans la salle on ne voit aucun salut nazi et personne ne se lève ; à la fin du concert le Führer serre la main du maestro : la photo sera publiée dans les joumaux du monde entier. On remarque que le grand \Mlhelm garde sa baguette à la main ce qui lui pennet d’éviter tout salut nazi. Le lendemain, en 1’absence des officiels, des applaudissements sans fm salueront le chef! Cependant la propagande nazie commence à faire son œuvre : Wagner comme Nietzsche (bien que morts mais avec l’aide de leurs proches) sont associés à celle-ci et Furtwãn- gler malgré toute sa volonté s’y trouve mêlé aussi. En 1936, Toscanini lui propose de lui succé- der àNew York, proposition idéale pour que Furtwängler s’ éloigne d’Allemagne, mais Göring fait alors répandre par l’Associated Press, la (fausse) nouvelle qu’il vient d’accepter la direction du Staatsoper. Furtwängler, en toumée en Egypte, envoie un télégramme de démenti, ce qui n’empêclle pas le ‘Iimes de titrer “Nazi stays home ». _ _ Il disparaît alors de l’a.fl’|che pour revenir en février 1937 à Berlin où cette armée-là il ne dirige qu’une douzaine de concerts. Il se consacre à son travail de compositeur et réalise ses “Six entretiens avec Walter Abendroth”. 11 boude donc Berlin, mais va tout de même diriger à Vienne, Paris et Londres où, pour les fêtes de courome- ment de George VI, deux Tétralogies seront représentées. Il est alors sommé par Göring de reprendre une activité “nonnale” à Berlin. Injonction qu’il suivra à minima : en 193 8 il dirigera dix-huit fois à Berlin, vingt-huit fois dans le reste de l’Allemagne et trente-huit fois à Fétranger. Constatant leur échec, Tletjen, Goebbels et Göring vont utiliser un jeune chef, Herbert von Karajan (qui n’avait lui aucune réticence vis-à-vis du régime) et le critique Edwin von Nüll (nom prédestiné !) pour contrerla popularité de Furtwän- gler et son image de non soumission au régime. En vain. Furtwängler conclut Pannée 1938 parun Siegfiiedà Paris (avec I-Ians Hotter-Siegfried – et Germaine Lubin-Brünnhilde-). Le 20 février 1939, il reçoit la cravate de Commandeur dela Légion d’Honneur à Pambassade de France à 71 Berlin ! Information qui sera censurée en , ‘ Allemagne. Il ne reviendra à Paris qu’en 1948, se refusant durant toute la seconde guerre mondiale à diriger dans un pays oc- cupé. Pendant cette période, il a plusieurs fois Poccasion de quitter l’Allemagne 1 en 1940, lors d’un concert à Zurich, Friedelind Wagner (petite-fille du Maitre) lui propose de rester en Suisse; et en 1942, à Stoc- kholm, Sir Thomas Beecharn lui propose lui aussi de se réfiagier en Angleterre. Mais il reste en Allemagne avec une activité très réduite, une chute à ski en 1941 lui don- nant une justification et aussi le temps de rédiger “Le cas Wagner” en réponse à l’es- sai de Nietzsche, texte dans lequel il fait le parcours inverse du philosophe. En janvier 1943, il dirige îïistan dans sa propre mise scène et obtient trente-deux minu- tes de rappels. Son activité de chef étant de plus en plus réduite, il peut se consacrer àla compo- sition de ses première et deuxième symphonies. Il épouse en mai 1943 Elisabeth Ackemtann avec qui il avait une liaison depuis deux ans. Il est accusé de participation àl’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 mais le Festival de Luceme le sauve car il peut laisser en Suisse femme et enfants et les rejoindre pour attendre que la tension s’apa.îse à Berlin On notera que son concert du 25 janvier 1945 avec la Philharmonie de Berlin est interrompu par un bombardement ce qui marque sa volonté de servir la Musique quoiqu’il lui en coûte.

Il écrit dans ses camets à propos de cette époque : “L ‘Allemagne n ‘était pas une Allemagne nazie, mais une Allemagne dominée par les nazis »

Il n’en n’a pas fini avec cette sombre période de l’I-Iistoire : lui qui, pour les Allemands, était le symbole de la Musique et de la non-compromission devient devant la commission de dénazification le symbole de la réussite de cette propagande puisqu’il semble en être le représen- tant le plus important. Thomas Mann déclare : “Vous êtes le plus grand chef du siècle et c’est pour cela queje ne peux vous pardonner. Vous ne deviez pas, par votre présence en Allemagne, apporter quelque caution que ce fiit, même passive, àla barbarie”. Cette affaire se poursuit jusqu’en 1947, période pendant laquelle il n`a aucune activite’ et vit d’expédients. 11 remonte sur l°estrade en avril 1947 en Italie puis il fait sa rentrée en Allemagne le 25 mai au ‘Iitania Palast (cinéma reconverti en salle de concert) avec un programme Beethoven, puis il dirige Yehudi Menuhin (qui lui fimt un soutien indéfectible) à Salzbourg et à Luceme. Furtwängler reprend une activité normale pendant la saison 1947- 1948, il retrouve Paris en janvier, puis crée sa deuxième Symphonie à Berlin en février et fait une tournée en Amérique du Sud (celle du Nord lui reste hostile).

Pendant la saison 1949- 1950, il dirige une centaine de concerts en Allemagne, en Autriche, en Grande-Bretagne, en Suisse, et en Italie (les fameux Ring de Milan où deux jeunes musiciens sont époustouflés : Claudio Abbado et Carlos Kleiber). Il s’intéresse aussi aux enregistrements en studio malgré ses préventions et travaille pour His Master’s Voice. “La question de l ‘interpre’tation, de la Darstellung comme nous disons en Allemand, est à la fois simple et compliquée, comme toutes les questions où I’amour joue le rôle principal. Faire de la musique comme compositeur ou comme inter- prète est avant tout un acte d ‘amour Un acte d ‘amour vis-à-vis de la musique qu ‘on porte en soi quand on compose. Quand on lit du Bach ou du Beethoven, on a a_/faire à l ‘amour qui animait Bach ou Beethoven quand ils créaient leurs musiques. Amour de l ‘Univers ou de I ‘I-Iumanité. Il y a aussi l ‘acte d ‘amour vis-à-vis de I ‘auditeur à qui on s ‘adresse et avec qui on voudrait partager I ‘émotion musicale. On oublie trop I ‘unité de tout cela. On a terriblement compartimenté la musique : on en a fait une aflaire de spécialistes, de spécia- listes qui ne s ‘aiment pas et refiisent de rentrer en contact En juillet 195 l, Furtwängler a la joie de rouvrir le festival de Bayreuth par une Neuvième Symphonie qui appartient autant à l’histoire de la Musique qu’ à l’I-Iistoire tout court. En 1952, il enregistreun inoubliable Tristan et lsolde avec Kirsten Flagstad et Fischer-Dieskau. La saison 1953-1954 comptera quelques quatre-vingt-dix concerts dont une toumée à Caracas. Il dirige cet été-là de nouveau la Neuvième à Bayreuth et enregistre une Walltyrie à Vienne. Notons qu’un de ses demiers concerts sera donné à Besançon à la tête de Porchestre National de la RTF, le 6 septembre 1954. En novembre, il est atteint d”une broncho-pneumonie, alfection non mortelle mais il ne fait rien pour enrayer le mal ; au contraire, il attend la mort sans angoisse comme s’il n’avait juste plus la force ni l’envie de vivre : “Je vous ai fait venir pour vous dire que je vais mourir, et vous remercier de votre fidélité. Saluez aussi mon orchestre pour moi, je vous prie” déclare-t’il à l’intendant du Berliner le 30 novembre 1954 et il s’éteint lejour-même à Baden-Baden.

Il est inhumé au cimetière de Heidelberg. Grâce à l’infiuence de Menuhin, une toumée aux USA avec la Phílharmonie de Berlin était enfin programmée pour le printemps 1955… ce fut Karajan qui le remplaça…

 

Références :

ARDOUIN John Furtwängler and Opera (Opera quarterly) Part one/1 ring diary (summer 1983), Pan two/1 ring diary (autumn 1983), pan three Verdi and Wagner (winter 1984), part four Der Ring des Nibelungen (spring 1985) CHAUVY Michel Wilhelm F urtwàrtgler et Ia Suisse (novembre l995) FUKTWÃNGLER Wilhelm Der Fall Hindeniith Allgemeine Zeitung (25 novembre 1934) FUIGWÀNGLER vmhelm mmers 1924-1954 (GeorG éditeur février- 1995) FURTW§NGLER \Mlhelm Musique et verbe (collection pluriel Le livre de poche l979) FUKI`WêNGLER Wilhelm entretienssur la musique (Albin Michel 1953) FURTWANGLER \Vllhelm Lettres á Gilbert Back(1937-1954) présentées et onnotées par Stéphane Topakian (août 2006) 75 GAVOTY Bemard F urrwängler en répétition (signal mars 1942 et Figaro 22 août 1948) GEFEN Gérard Wilhelm F urrwängler; lapumance et la glaire (Archipel octobre 2001) 1-IOU’I’MA.N’N Jacques La direction d ‘orchestre depuis 1800 : lecture au inrerpréfarion (8 octobre 2004) JACQUART Philippe F urlwängler vu par les musiciens JACQUART Philippe Tristan undlsalde enregistrement du 3 octobre 194 7 acte 11 et III KLEEKAMP Norbert Die Meistersinger von Nûrnberg du 15 juillet 1943 Bayreuth MANN Thomas Wagner ez notre remps (collection pluriel Le livre de poche 1963) RONCIGLI Audrey Le ms Furtwdngler (Imago 2009) TOPAKIAN Stéphane L ‘orchestre philarmoniquz de Berlin en tournée 1924-1936(octobre 1993) TOPAKIAN Stéphane Furtwãngler et Honegger fiuillet 1992) TREMINE René F urtwüngler a discography (Tahm productions 1997) TREMINE René Furtwãngler concert listing 1906-1954 (T ahra productions 1997) TREMDIE René Furtwdngler et la France (1986) TREMJNE René Furtwdnglu; les concerts annulés (1986) TREMINE René La technique du chef d ‘orchestre (1986) Un site intemet indispensable : htgpz//www.fullwangler. nel/ 1 Elisabeth Furrwdngler a écrit un beau livre de souvenirs sur son mari Notre Cercle a eu l’honneur de Ia recevoir pour une conjërence le I9 octobre 1983

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