PARSIFAL WWV111 : LA MELODIE CONTINUE DANS PARSIFAL. ETUDE TECHNIQUE

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d’opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d’articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l’ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

PARSIFAL, WWV111

Parsifal, WWV111

LES ARTICLES THEMATIQUES

LA MELODIE CONTINUE DANS PARSIFAL (1882) DE RICHARD WAGNER
ETUDE TECHNIQUE

par Dominique POREBSKA-QUASNIK

 

Introduction

L’ étude systématique de Parsifal demanderait pour le moins un livre complet. Dans le cadre de cet article, nous nous contenterons d’ interroger partiellement le premier et le second actes dans leurs aspects et leurs correspondances leitmotivals. Notamment le début de l’Acte I : « au domaine et dans le Burg du Graal, à Montsalvat, pays dans le caractère des montagnes du nord de l’Espagne gothique » et la scène-clé de l ‘acte II, « au château magique de Klingsor, au versant méridional des mêmes montagnes, du côté de l’Espagne arabe » (1),quand Parsifal découvre la cause de la souffrance d’Amfortas et que s’impose à lui l’Appel au Sauveur.
La thématique sera l’interpénétration musicale des Leitmotive purs ou impurs (mauvais) qui entraîne la perversion ou la salvation du tissu leitmotival.
La problématique est la pensée exprimée par la mélodie continue issue des Leitmotive.

La méthode : l’analyse musicale de Parsifal en rapport avec le texte et le drame.

  1. La mélodie continue dans Parsifal.

I.1 La perfection leitmotivale.

Dans le premier acte de Parsifal (2), après l’apparition successive des Leitmotive purs : La Cène, Le Graal, La Foi, La Lance, L’Appel au Sauveur, les Leitmotive du mal (mauvais ou impurs), du doute ou du monde extérieur au Graal, viennent troubler la paix du Montsalvat : La Souffrance (d’Amfortas), La Magie, Herzeleide (la mère de Parsifal), Klingsor et Kundry (l’instrument demi-conscient du démon).
Tous ces Leitmotive s’entrelacent subtilement et forment le discours leitmotival, indéfectiblement logique. Cette mélodie continue et réciproque du chant et de l’orchestre, de l’instrument à la voix, est l’expression entièrement maîtrisée d’une pensée. Nous n’aurons plus, malgré un art et une technique parfois supérieurs, cette dimension chez Richard Strauss (3). Le Maître de Bayreuth reste inégalable (4). Toute la partition de Parsifal (5) n’est qu’une immense toile où chaque fil tisse l’idée centrale, dominante, rayonnante : la Lumière du Graal qui perce les Ténèbres, même dans les paroles étranges de Kundry.
L’ exemple musical ci-dessous en est une illustration. (Ex. nr 2/c : Parsifal, R. Wagner, acte I. Le discours leitmotival. Les paroles étranges de Kundry en réponse à l’interrogation de Gurnemanz :  » Woher brachtest du dieß? » (En quel lieu l’ [le Baume] as-tu pris?)- « Von weiter her als du denken kannst, hilft der Balsam nicht, Arabia birgt dann nichts mehr zu seinem Heil... » (Plus loin d’ici qu’on ne peut penser : si ce baume est vain, alors l’Arabie n’a rien pour son [Amfortas] salut.). Nous référant à l’analyse précédemment citée (6), dans l’ordre d’apparition des Leitmotive, celui de Kundry est le numéro 6. Il appartient aux Leitmotive mauvais, ceux qui portent le trouble au Montsalvat. La matière musicale qui lie les Leitmotive entre eux est déjà infectée. Elle n’est ni le fruit de règles harmoniques, modulatoires ou cadentielles, ni d’effets esthétiques ou émotionnels, elle naît de la pensée leitmotivale, pure. Pour bien comprendre la progression et le développement de cette pensée, il faut constamment avoir à l’esprit, comme dans sa mémoire auditive, tous les Leitmotive. Et être attentif à toutes les combinaisons possibles de ces Leitmotive. intérieures (modulations, apparitions fragmentaires, allusions et même symbolique) et extérieurs (le rapport des Leitmotive entre eux). Soit en quelque sorte de nouveaux Leitmotive non répertoriés).(7) C’est en cela que Wagner est incomparable, même à ses admirateurs et disciples, comme Richard Strauss (8). Seul Arnold Schoenberg a compris la pensée de Wagner et a tenté d’ en extraire les principes en les introduisant dans sa théorie dodécaphonale. Chacun des douze sons de la série renvoie au tout dodécaphonal selon des règles précises d’apparition, qui n’ont plus rien à voir avec les structures de la tonalité, désormais dépassée. En revanche elles ont des raisons d’être, sémantiques (9).

I.2 Analyse systématique du contenu musical et textuel. L’acte I de Parsifal.

Pour l’analyse des Leitmotive purs (« La Cène « , « Le Graal« , « La Foi« . « La Lance« , « L’Appel au Sauveur« ) nous renvoyons à notre étude précédente (10). Nous nous intéresserons ici aux Leitmotive impurs. Ceux qui entrent ici dans la composition de cette matière musicale signifiante sont des Leitmotive mauvais ou extérieurs au Graal ou encore emprunts de doute. (Ex. nr 1/a/b/c: Parsifal, Wagner, Ier acte. Les Leitmotive mauvais, extérieurs ou doutant). Le motif orchestral mélodique et harmonique qui introduit l’apparition physique de Kundry et de son Leitmotiv, est en partie construit sur le Leitmotiv de « la Magie » et de « Klingsor » (Ex. nr 2/a : Le discours leitmotival). Transformés, ces motifs sont cependant reconnaissables par leur caractère altéré, avide, inassouvi, en chromatismes ascendants et descendants, non concluants, en sauts inexplicables, étrangers à la paix du Montsalvat. S’agrandissant inexorablement comme une tache de sang et marquant implacablement l’empreinte du péché.Un motif est répété à l’identique, fragmenté, modulant, développé, puis raccourci et précipité, toujours croissant en ardeur pour aboutir sur l’entrée brutale de Kundry. Oserions-nous affirmer que ce qui précède la prise de possession sauvage de la scène par Kundry est la dominante de la tonalité générale de son Leitmotiv ? S’il y a rapport sémantique, y-a-t-il rapport harmonique ? Ou sommes nous dans un autre rapport quasi atonal et moderne ?

En fait, de même que les Leitmotive purs (11), les Leitmotive impurs ou mauvais sont faits de la même matière musicale (mélodique et harmonique) et donc sémantique. Car ils viennent de la même source : du Bien ou du Mal. C’est ce que nous appelons la pensée logique, dialectique et philosophique, de Richard Wagner. Il y a des ressemblances fragmentaires et un caractère général commun entre les Leitmotive de Klingsor et de la Magie. Chromatismes et sauts intervalliques audacieux et suspects. De même l’Ardeur, en montée rampante et insinuante, évoque davantage le serpent tentateur que le désir charnel (ce que confirme la scène de l’Acte II où Parsifal découvre la source de la souffrance d’Amfortas (le péché) ainsi que la perfidie de la tentatrice, Kundry) (12). C’est donc un mélange de ces élément qui forme le matériau orchestral entre les Leitmotive. La mélodie n’est jamais fortuite et l’harmonie qui l’entoure est de la même nature. D’où l’impossibilité de s’arracher à cette musique hypnotique, envahissant sans cesse la mémoire par des rappels à peine saisissables et subtilement empoisonnants. En fait, nous sommes en présence de la mélodie continue qui a ses ramifications partout dans l’harmonie et dans le chant. La source de cette mélodie continue sont les cellules leitmotivales, qui même éloignées, dépassées ou encore non avenues, projettent leurs métastases dans tout le corps musical. Ce processus est à peine sensible à l’écoute et dépend beaucoup de l’interprétation (13) . En revanche, il apparaît évident sous le microscope de l’analyse musicologique. Nous donnerons ici des exemples précis. (Ex. nr2/a/b/c: Parsifal Wagner, Acte I: le discours leitmotival).

Analyse :

L’élément musical qui précède la furieuse apparition en plein écran de Kundry avec son Leitmotiv est fait d’un mélange de Leitmotive mauvais envahissant l’orchestre et le chant. Les chevaliers et des écuyers, commentent la venue de la bête écumante et fumante portant sa cavalière. Essentiellement bâti sur la première partie du Leitmotiv de « La Magie« , ce motif se développe en mouvements parallèles inexorablement ascendants par demi-tons, s’élargissant irrésistiblement comme une tâche de sang sur la partition, vers le haut comme vers le bas. Accusant un mouvement descendant, d’abord sournois et tournoyant autour de sa proie (les triolets), l’orchestre sombre soudain dans les profondeurs, implacablement, degré par degré, en un crescendo amplifié s’enchaînant à un motif de la même nature portant enfin la fracassante entrée de Kundry. Toutes les forces du mal sont réunies là ! (Ex. nr 2/a/b/: Parsifal, Wagner, Acte I: le discours leitmotival).

Il semblerait que nous soyons sur une dominante de Fa # mineur, altérée de nombreuses notes étrangères, entraînées par l’ascension chromatique mélodique, et l’ardeur de la passion qui explose avec l’arrivée de Kundry. Dans l’harmonie: Mi #-Fa #; Sol #-Si-Mi # (etc.). Puis une 9ème de dominante (en si mineur) frappé par un dissonant mais véridique, comme le tourment caché de Kundry (sa double personnalité demi-consciente). Symbolique dessin d’une ascension chromatique, pénible (dans un rythme imitant le galop du cheval de Kundry) et entêtée, qui est foudroyée soudain par le Leitmotiv de Kundry, porté par une dominante. Puis descend inexorablement, désordonnée, inégale, aveugle, dans les profondeurs, hagarde, éperdue, presque chancelante comme Kundry elle-même. Toute la matière musicale se rapporte au drame et à sa signification. (Ex. nr 3/a/b: Parsifal, Wagner, Acte I : L’arrivée de Kundry, son Leitmotiv, elle tend le Baume à Gurnemanz). Les motifs mélodiques et l’harmonie, qui enchaînent le Leitmotiv de Kundry et sa présence au premier plan au court dialogue où elle tend le baume à Gurnemanz, sont directement issus des Leitmotive précédents. Il n’y a rien ici de fortuit ou de résultant d’une quelconque esthétique harmonique. C’est au moment de la réponse à la question de Gurnemanz : « En quel lieu l’ as-tu pris? » (Woher brachtest du dieß), qu’apparaît (dans une modulation subite) le Leitmotiv du Baume,au chant et à l’orchestre, en parallèle décalé 14. (Ex. nr 4/a: Parsifal, R. Wagner, Kundry et le Beaume). Les paroles étranges de Kundry, plus loin, sont un mélange de Leitmotive impurs et purs. Révélant ainsi sa double personnalité et le combat intérieur qui l’épuise (« Fais silence! Je suis lasse ») (Ex. nr 4/b: Parsifal, R. Wagner, les paroles étranges de Kundry).

Ex. nr 1/a: Parsifal Wagner, Acte I. Les Leitmotive mauvais, extérieurs ou doutant.

 

Ex. nr 1/b: Parsifal Wagner, Acte I. Les Leitmotive mauvais, extérieurs ou doutant.

 

Ex.nr 1/c: Parsifal, Wagner, Acte I. Les Leitmotive mauvais, extérieurs ou doutant. Celui, par exemple, d’Herzeleide, la mère de Parsifal, qui garda son fils dans l’ignorance de son origine afin qu’il ne suive pas les traces de son père et ne devienne Chevalier.

 

Ex. nr 2/a: Parsifal Wagner, acte I. Le discours leitmotival.

 

Ex. nr 2/b: Parsifal, Wagner, acte I. Le discours leitmotival.

 

Ex. nr 2/c: Parsifal R. Wagner, acte I. Le discours leitmotival. Et enfin le Leitmotiv de Kundry.

Ex. nr 2/d: Parsifal R. Wagner, acte I. Le discours leitmotival. Les paroles étranges de Kundry en réponse à l’interrogation de Gurnemanz:  » Woher brachtest du dieß? » (En quel lieu l’ [le Baume] as-tu pris?)- « Von weiter her als du denken kannst, hilft der Balsam nicht, Arabia birgt dann nichts mehr zu seinem Heil… » (Plus loin d’ici qu’on ne peut penser: si ce baume est vain, alors l’Arabie n’a rien pour son [Amfortas] salut« .

3 – Conclusion sur cette partie de l’Acte I et enchaînement sur l’Acte II.

Nous avons choisi d’analyser au microscope un fragment du tissu leitmotival de Parsifal. Cela suffit pour comprendre le mécanisme de la pensée wagnérienne, d’autant que Parsifal, la dernière oeuvre, est son testament. Un drame sacré où rien n’est vanité, théâtre ou illusion. Kundry tendant le Baume à Gurnemanz fait allusion au péché d’Amfortas, malgré qu’elle soit l’instrument de Klingsor, des rayons de lumière traversent les ténèbres de sa conscience.
Croisant le regard de Gurnemanz, elle chante un motif non répertorié, que nous appellerons « le Fol » (Ex. nr 1/c : un motif non répertorié,  » Le Fol« ). Ce motif est bel et bien issu du Leitmotiv d’ Herzeleide. L’intention est discrète mais cependant claire : allusion prémonitoire à Parsifal et au péché de Gurnemanz qu’aucun baume ne saurait guérir. C’est pourquoi, enchaînant sur le même ton, Gurnemanz interroge Kundry :  » Où as-tu pris ceci ? « . La réponse de Kundry chute chromatiquement sur le Leitmotiv du « Baume » (voir ex. nr 1/b : Leitmotiv du « Baume« ) : « plus loin d’ici que tu ne peux le penser » (Von weiter her als du denken kannst). Et sur une variante de ce Leitmotiv, perversement mêlé de celui de « La Cène » (le rythme lent, syncopé), elle enchaîne, perverse, en allusions demi-dites « (Si) le baume (ne fait) rien, l’Arabie [c’est-à-dire: Klingsor] ne peut alors plus rien pour son [Amfortas] salut. » Mais, si Kundry parle à demi-mots, sa mélodie exprime (ou trahit) sa pensée profonde. Le fragment qui parle du salut, est bâti sur une partie du Leitmotiv de « La Cène » (15) : le saut de quinte descendant et la remontée conjointe sur la tierce, ici diminuée, inquiétante. Le mot ; « Heil » le Salut) sonne presque comme une menace. L’harmonie de l’orchestre assombrit aussi le Leitmotiv, altéré. Dans ce jeu de couleurs et de nuances, rien n’est écrit à la légère. Kundry fait taire Gurnemanz. Elle en a trop dit et le combat intérieur entre ses deux personnalités l’a épuisée. Sur le motif « du Fol« , elle ajoute : « Ne demande pas davantage » et sur une allusion au motif du Baume (accord de sol mineur) : « Je suis fatiguée« . Silence ! Seule la note retentit, mystérieuse. On porte la litière d’Amfortas, avec sa plaie brûlante, vers le bain qui doit l’apaiser… (16) (Ex. nr 3/a/b: Parsifal, Wagner. Les paroles mystérieuses de Kundry).

A l’Acte II, Kundry, sous l’influence de Klingsor, tente de séduire et de détruire Parsifal. Les Leitmotive du Mal atteignent dans cette scène leur point culminant. Mais la lumière du Salut sera plus forte.

Ex. nr 3/a: Parsifal, Wagner. Les paroles mystérieuses de Kundry

 

(Ex. nr 3/b : Parsifal, Wagner. Les paroles mystérieuses de Kundry).

II.1 L’ Acte II de Parsifal, la scène-clé. « Amfortas! Die Wunde ! » (17) (Amfortas, la plaie!).

Sous « don dernier, le prime baiser d’amour » (« letzten Gruß der Liebe ersten Kuß« ) (18d’Herzeleide (la mère de Parsifal), que lui transmet Kundry, Parsifal a soudain la révélation du péché et de la souffrance d’Amfortas. L’orchestre accompagne le geste de Kundry, (Elle incline sa tête vers celle de Parsifal et unit ses lèvres aux siennes dans un long baiser), en déployant dans un mouvement continu très lent, croissant et possessif, le Leitmotiv pervers de « La Magie« , mêlé de celui de « L’Ardeur » et de celui de « La Plainte des Filles-Fleurs » (19). Qui fait que, soudain, Parsifal se redresse brusquement dans un mouvement d’effroi intense ; son attitude montre la transformation terrible qui se fait en lui: il comprime son coeur de ses mains, comme pour surmonter une cruelle souffrance. Et c’est une variation du contenu implacable et destructif du Leitmotiv de « Kundry«  – la montée des basses de l’orchestre et ladescente parallèle en demi-tons, presque atonales dans leur tragique accélération – qui frappe de toute sa force l’accord dissonant portant le cri de Parsifal : « Amfortas ! ». Y répond aussitôt le Leitmotiv transposé (stylisé), mais de la même matière harmonique, de Kundry: « Die Wunde ! » (la Plaie !) et encore: « Die Wunde ! ». Un accord de quinte augmentée (déjà latent dans l’harmonie depuis le début du chant), foudroie (ff) la révélation de la souffrance en Parsifal : « Sie brennt in meinem Herzen! » (Elle brûle dans mon coeur). De nouveau le Leitmotiv de Kundry en variation et modulation, de même caractère, : »Oh! Klage! » (Oh! Plainte!). Le Leitmotiv de  » Kundry » envahit sous différentes formes la partition, réveillant la conscience de Parsifal. Des amorces du Leitmotiv de « La Cène » luttent avec Kundry et se pervertissent en demi-tons ascendants venus du Leitmotiv de « L’Ardeur« . « Die Wunde seh’ich bluten, nun blutet sie in mir! Hier1 hier !« (Je vois la plaie qui saigne et saigne en mon propre coeur. Là! , là!). L’harmonie de l’orchestre et de la mélodie forment un tout leitmotival. Comme la voix des instruments et celle de Parsifal, ils ont la même couleur et forment le même corps. Éclate de nouveau le Leitmotiv (modulant) de « Kundry » qui pénètre dans  » La Magie » de « Klingsor« . La lutte dure en Parsifal jusqu’à l’extase ambiguë où vacille sa volonté: « in sündigem Verlangen » (le noir désir des chutes). Dans une lente transformation, progressant de très loin, dans le temps et l’espace, s’impose peu à peu le Leitmotiv du  » Graal« : « Es starrt der Blick dumpf auf das Heilsgefäß » (Hagards, mes yeux voient le calice saint). Prononce Parsifal à voix basse avec l’accent de la terreur. Et, tout-à-coup, en réponse, s’élève le Leitmotiv de « La Cène » (un fragment dans sa tonalité originale): « Das heil’ge Blut erglüht » (le sang divin s’embrase).(Ex. nr 4/a/b/c/d/e/f/g/: Parsifal, Wagner, l’Acte II, la scène-clé : »Amfortas! Die Wunde!« . Le tissu leitmotival).

Comme nous l’avons écrit précédemment l’étude de Parsifal exigerait pour le moins un livre complet. Nous nous arrêterons donc ici pour les besoins de cet article et conclurons.

Conclusion: Les acquis de la modernité dans Parsifal.

Il n’y a sans doute aucun exemple antérieur ou postérieur d’une telle cohérence musicale,textuelle et gestuelle dans le théâtre lyrique. Parsifal est un tout parfait, dans le sens que rien n’y est laissé au hasard. Tout est le fruit d’une pensée synthétique qui développe, en continu, sans vide et sans signe vain, une réflexion soutenue aboutissant à sa conclusion. Cette pensée progressant se lit dans la mélodie continue nourrie des Leitmotive, dont le cours ne cesse qu’à la dernière note de la partition. Composition clairement dessinée dans sa totalité dont chaque élément est lié par un rapport sémantique, incontournable. La modernité de Parsifal vient de ce que la pensée domine la matière musicale et, grâce à cela, lui fait dépasser les limites compositionnelles de son époque. Par quel miracle, Parsifal reste cependant mélodieux et humain ? Voilà qui devrait faire réfléchir l’art musical de demain !

 

Ex. nr 4/a: Parsifal, Wagner, Acte II. La tentative de séduction de Kundry et la révélation en Parsifal de la souffrance d’Amfortas et du péché. Les ramifications leitmotivales du premier au second acte.

 

Ex. nr 4/b: Parsifal Wagner, Acte II, la révélation en Parsifal de la souffrance et du péché d’Amfortas. Le tissu leitmotival et sa sémantique. Analyse.

 

Ex. nr 4/c: Parsifal Wagner, Acte II. Le tissu leitmotival et sa sémantique. Analyse.

 

Ex. nr 4/d: Parsifal Wagner. Acte II, La lutte des Leitmotive purs avec les Leitmotive mauvais. « Amfortas! Die Wunde! »(Amfortas! La plaie! »).

 

Ex. nr 4/e: Parsifal Wagner. Acte II, La lutte des Leitmotive purs avec les Leitmotive mauvais. « Amfortas! Die Wunde! »(Amfortas! La plaie! »).

 

Ex. nr 4/f: Parsifal Wagner. Acte II, La lutte des Leitmotive purs avec les Leitmotive mauvais. « Amfortas! Die Wunde! »(Amfortas! La plaie! »).

 

Ex. nr 4/g: Parsifal Wagner. Acte II, La lutte des Leitmotive purs avec les Leitmotive mauvais. « Amfortas! Die Wunde! »(Amfortas! La plaie! »).

 

Annexe : Le Tableau des Motifs joint traditionnellement à la partition (Richard Wagner, Parsifal, réduction chant et piano de K. Klindworth, Paris, Max Eschig, sd.

 

Notes :
1 – Wagner Richard, Parsifal, Drame sacré, version française d’Alfred Ernst, partition pour chant et piano par K. Klindworth, B. Schotts Söhne, Mainz-Leipzig-Brüssel-London-Paris: Max Eschig, s.d. Ernst 296-64.
2 – Porebska-Quasnik Dominique, « La mélodie continue » dans Parsifal de Richard Wagner (1882) et Salomé de Richard Strauss (1905). Etude technique comparative« , San Francisco, academia-edu, 2015.
3 – Porebska-Quasnik Dominique, « About the visual form of the musical work. Perfect adequacy of the shape to the contents. The masterpiece of the German tradition, and its future », San Francisco, academia-edu, 2015.
4 – et le seul véritable héritier de l’art Beethovénien, en germe dans la IX ème symphonie.
5 – Wagner Richard, Parsifal, Drame sacré, version française d’Alfred Ernst, partition pour chant et piano par K. Klindworth, B. Schotts Söhne, Mainz-Leipzig-Brüssel-London-Paris: Max Eschig, s.d. Ernst 296-64.
6 – « La mélodie continue… » op.cit. Erratum: le Leitmotif de La Lance est contenu dans celui de La Cène. Il semble que le Leitmotif de L’Ardeur perce par instants dans le Prélude.
7 – Voir La Table des Motifs, traditionnellement éditée dans les partitions de Wagner. « La mélodie continue…« ,op. cit.
8 – « La mélodie continue… « op.cit.
9 – Ce sera le sujet de notre prochain article: « De Wagner à Schoenberg. Les liens sémantiques ».
10 – « La mélodie continue…« , op. cit.
11 – « La mélodie continue…« , op. cit.
12 – « Amfortas! die Wunde!« , voir Porebska-Quasnik Dominique, « The Polish opera in comparison with the Great Opera in France, Germany and Italy: common and specific language (1882-1926)« , en cours d’édition.
13 – Nous recommandons ici l’interprétation de la Wiener Philharmoniker conduite par Georg Solti.
14 – Cette technique sera reprise par R. Strauss, notamment dans le Lied « Morgen!« . Voir « About the visual form…« , op. cit.
15 – « La mélodie continue… « op. cit.
16 – Idem.
17 – « The Polish opera in comparison with.. », op. cit.
18 – Parsifal, traduction d’ Alfred Ernst, op.cit.
19- Voir Le Tableau des Motifs, traditionnellement joint à la partition, en annexe de cet article.

Bibliographie :
– Chailley Jacques, Parsifal de Richard Wagner, opéra initiatique, Paris, Buchet-Chastel, 1979; 213 pp.
– Lavignac Albert, Le Voyage artistique à Bayreuth, Paris, Édition Ch. Delagrave, s.d. (1903-7ème édition).
– de Morsier Émilie, Parsifal ou l’idée de Rédemption, préface d’Edouard Schuré 1893-1914,édité par les Bourlapapey, bibliothèque numérique romande, www.ebooks-bnr.com. s.d.
– Quasnik Dominique, La voix dans l’orchestre de Wagner, Verdi, Puccini et Richard Strauss,thèse de doctorat en musicologie, Paris IV-Sorbonne, 1978.
– Porebska-Quasnik Dominique, « La mélodie continue » dans Parsifal de Richard Wagner (1882) et Salomé de Richard Strauss (1905). Etude technique comparative », San Francisco, academia-edu, 2015.
– Raynal Philippe, Texte et musique dans le drame wagnérien, l’exemple de Parsifal, doctorat en cours (inscription du 12 07 2013) chez le prof. Danièle Pistone.

 

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de Dominique Porębska-Kwaśnik
ainsi qu’au site www.academia.edu
Pour retrouver le texte dans sa publication initiale sur internet, cliquez ici

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