« Mignonne », mélodie d’après le poème « Mignonne, allons voir si la rose » de Ronsard en français, WWV57 (1839)

L’œuvre musicale de Richard Wagner est composée d’opéras ou “drames musicaux” allant des “Fées” (Die Feen) à “Parsifal”. Une présentation détaillée de chacune de ces œuvres majeures est ici associée à un ensemble d’articles thématiques, replaçant celles-ci non seulement dans le contexte de sa vie personnelle mais également dans son contexte social, économique et culturel. Cette section regroupe également l’ensemble des œuvres musicales (hors opéra) et son œuvre littéraire.

MIGNONNE, WWV 57

Mélodie d’après le poème « Mignonne, allons voir si la rose » de Ronsard en français (1839)

par Nicolas CRAPANNE
et Marie-Bernadette FANTIN-EPSTEIN

Mignonne,
mélodie d’après le poème Mignonne, allons voir si la rose de Ronsard en français 
(composée en 1839)

Lors de son premier séjour à Paris entre 1839 et 1841, le jeune Wagner se trouve dans une situation matérielle très difficile. Pour tenter de se faire connaître dans les salons où se forgent les réputations artistiques, il met en musique quelques poèmes. C’est ainsi que son choix le conduit vers Pierre de Ronsard (1524-1585) et le célèbre Mignonne, allons voir si la rose, inspiré du poète latin Ausone et composée en 1545 après la rencontre du poète, âgé de 20 ans, avec Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien. Ce poème fait partie du premier livre des Odes, 17, et évoque la jeunesse qui passe comme le temps d’une fleur. Ce thème récurrent de la vieillesse et de la mort fleurit à cette époque dans la littérature tant religieuse que profane et dans les arts.

Cet intérêt pour un écrit de la Renaissance est étonnant chez Wagner qui, à cette période, rencontre un certain Samuel Lehrs, philologue et érudit phtisique, à qui il est présenté par son futur beau-frère, Edouard Avenarius. Dès lors, son attention se tourne vers l’allemand médiéval, donc une poésie qui fournira matière à presque toutes ses œuvres de la maturité : Tannhäuser, Lohengrin, Tristan et Isolde, Parsifal et L’Anneau du Nibelung.

Le malheureux Avenarius, qui avait déjà trouvé aux Wagner un modeste appartement rue de la Tonnellerie, fut alors sollicité pour un « prêt » – le maigre pécule avec lesquels Wagner était arrivé disparaissant très rapidement. Il n’avait donc en sa possession qu’une lettre de recommandation de Meyerbeer- lequel en écrivait des centaines – à l’intention de Duponchel, le directeur de l’ Opéra ; c’est à dire aucune perspective immédiate pour entretenir son ménage. Grâce aux bons office de Meyerbeer il obtint une audition auprès du remplaçant du directeur pour sa Défense d’aimer. Sans suite, car se heurtant à une indifférence polie. Wagner décida alors de s’infiltrer dans les salons à la mode avec des mélodies écrites sur des paroles françaises et conçues comme des plats de salon francs – un terme ambigu englobant tout, depuis le divertissement soporifique jusqu’aux romances pleines d’entrain de Berlioz .

Composée et publiée en 1840, Mignonne est l’une des Trois Mélodies, les autres étant des mises en musique de Hugo : L’Attente des Orientales, et une berceuse, Dors, mon enfant. Très courte, moins de trois minutes, Mignonne présente un profil mélodique assez plat et son accompagnement fastidieux et prévisible n’est guère enthousiasmant. La Mignonne, on s’en doute, ne serait pas convaincue, même par une performance exceptionnelle !

Voici ce qu’en écrit en 1898 Henri Silège dans l´avant-propos aux Dix écrits de Richard Wagner, publiés par la Librairie Fischbacher :

« […] Pendant l’hiver de 1839 à 1840, Wagner, avide de cette renommée qu’avaient remportée avec leurs mélodies Schubert et Mme Loïsa Puget, rechercha la célébrité que donne la société aristocratique. Il mit en musique Dors mon Enfant, l’Attente de Victor Hugo, les Deux Grenadiers de Henri Heine et Mignonne de Ronsard, qui parut dans la Gazette musicale. Le but qu’il visait, il ne put l’atteindre : les Duprez et les Rubini, ces « héros du chant si vantés », ces Capouls de l’époque, se soucièrent bien de révéler dans les salons mondains les compositions du naïf étranger ! Du reste, cette musique n’était point faite pour les « bouches en cœur, bouches à roulades, à points d’orgue pâmés », comme dirait M. Émile de Saint-Auban. »

Wagner entra donc dans l’été de 1840 « complètement dénué de toute perspective prochaine […] »

Note :
Les Trois Mélodies, musique de Richard Wagner, publiées à Paris en 1840, sont destinées à un large public : L’Attente de V. Hugo, était réservée aux intellectuels, Mignonne de Ronsard aux raffinés, et la berceuse traditionnelle Dors, mon enfant, aux sentimentaux. Toutes trois sont animées par une rythmique particulière, plus intelligente que réellement inspirée.

NC et MBFE

Texte du poème de Ronsard

À Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ! ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vôtre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Ronsard (1524, Vendômois)
Odes, I,17

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