[custom_breadcrumb]
Mvrw schnorr tristan carolsfeld
Genre

Les opéras et drames musicaux.

Titre original :

Tristan und Isolde (WWV90)

Opéra (action musicale) en trois actes.
Livret et musique de Richard Wagne.
Créé le 10 juin 1865 au Théâtre Royal de la Cour de Bavière, à Munich, sous la direction de Hans von Bülow.

Les salles d’expositions permanentes

Section I

UNE VIE

Section II

DANS L’INTIMITÉ DE RICHARD WAGNER

Section III

UNE OEUVRE

Section IV

L’AVENTURE DE BAYREUTH

Section V

ILS ONT CRÉÉ WAGNER ET LE MYTHE WAGNÉRIEN

Section VI

 LIEUX DE VIE, LIEUX D’INSPIRATION

Section VII

WAGNER POUR LA POSTÉRITÉ

Section VIII

 WAGNER APRÈS WAGNER
Les salles d’expositions permanentes

Section I

UNE VIE

Section II

DANS L’INTIMITÉ DE RICHARD WAGNER

Section III

UNE OEUVRE

Section IV

L’AVENTURE DE BAYREUTH

Section V

ILS ONT CRÉÉ WAGNER ET LE MYTHE WAGNÉRIEN

Section VI

 LIEUX DE VIE, LIEUX D’INSPIRATION

Section VII

WAGNER POUR LA POSTÉRITÉ

Section VIII

 WAGNER APRÈS WAGNER
Scroll left 1 svgrepo com

TRISTAN, analyse psychologique et vocale du rôle
(Tristan et Isolde, WWV 90)

par Nicolas CRAPANNE

MVRW SEIFFERT Peter(ténor)
Tristan et Isolde

Introduction

Le rôle de Tristan occupe une position absolument singulière dans l’œuvre de Richard Wagner. Ni héros fondateur, ni figure de conquête, ni même véritable personnage tragique au sens classique, Tristan appartient à une catégorie plus rare et plus radicale : celle des êtres pour lesquels l’existence diurne — sociale, morale, historique — est devenue insoutenable. Wagner ne compose pas ici un drame de l’amour contrarié, mais une méditation musicale sur la négation de la volonté, sur l’aspiration à l’extinction du sujet conscient.

Dans Tristan et Isolde, l’action ne progresse pas vers une résolution, mais vers un effacement. Le héros ne cherche ni réparation, ni justification, ni avenir ; il aspire à quitter le régime du jour — celui de la séparation, de la responsabilité et du langage articulé — pour accéder à la nuit, entendue comme abolition des frontières entre le moi et le monde. Cette orientation métaphysique commande à la fois la psychologie du personnage et l’écriture vocale, d’une exigence sans équivalent dans le répertoire lyrique.

I. Tristan avant Isolde : un héros déjà séparé de la vie

Tristan n’entre pas dans le drame comme un homme équilibré que l’amour viendrait déstabiliser. Il apparaît d’emblée comme un être intérieurement fissuré. Orphelin, déraciné, privé de toute inscription familiale ou symbolique stable, il ne se définit jamais par un projet personnel, mais par une fonction : celle du fidèle serviteur du roi Marke. Cette fidélité, cependant, n’est ni joyeuse ni choisie ; elle relève d’un ordre subi, presque administratif, auquel Tristan se conforme faute d’un centre vital autonome.

Il accomplit son devoir sans l’habiter intérieurement. Son action n’est pas portée par une conviction morale profonde, mais par l’absence même d’un désir capable de structurer son rapport au monde. Tristan vit dans la lumière du jour sans y appartenir réellement. Il agit, mais ne se projette pas ; il obéit, mais ne consent pas. Avant même la rencontre avec Isolde, il est déjà un homme en retrait de la vie diurne, incapable de se reconnaître dans l’ordre social qu’il sert.

Cette donnée est essentielle : l’amour ne provoque pas la chute de Tristan, il révèle une chute déjà accomplie. Isolde n’est pas la cause de la crise ; elle est le miroir dans lequel Tristan découvre l’impossibilité radicale de continuer à vivre dans la lumière du monde.

II. Amour, nuit et négation de la volonté

L’amour entre Tristan et Isolde ne saurait être compris comme une simple transgression morale ou sociale. Il constitue un changement de régime ontologique. La nuit, telle que Wagner la conçoit, n’est ni un décor romantique ni un refuge poétique ; elle désigne un état dans lequel la conscience cesse de se maintenir comme instance séparée, responsable et agissante.

Chez Tristan, l’amour ne vise ni la possession de l’autre ni l’union durable. Il tend vers l’abolition du moi, vers la disparition de toute frontière individuelle. Le philtre d’amour n’agit pas comme un enchantement extérieur ; il fonctionne comme un révélateur. Il rend manifeste une vérité latente : Tristan ne peut aimer qu’à condition de ne plus être, de ne plus se maintenir comme sujet distinct dans l’ordre du jour.

La nuit wagnérienne devient ainsi un espace de repos ontologique, où la volonté individuelle se dissout. Tristan n’aime pas Isolde pour vivre avec elle ; il aime afin de quitter la sphère de la volonté, du désir insatisfait, de la conscience douloureuse. Le Liebestod ne constitue pas l’apothéose de l’amour, mais son aboutissement logique : l’amour comme voie d’extinction.

III. Tristan dans l’anthropologie wagnérienne : le héros nocturne

Dans la galerie des héros wagnériens, Tristan occupe une place extrême. Il se situe à l’opposé des figures de l’affirmation vitale, telles que Siegfried, héros du jour, de l’élan instinctif et de l’immédiateté lumineuse. Là où Siegfried agit avant de penser, Tristan pense jusqu’à l’épuisement de toute action possible.

Cette opposition n’est ni morale ni hiérarchique. Wagner ne propose aucun modèle à imiter. Il expose deux modalités irréconciliables du rapport à l’existence :
– l’une, diurne, fondée sur l’affirmation, la présence au monde et l’élan vital ;
– l’autre, nocturne, orientée vers la négation, le retrait et la dissolution de la volonté.

Tristan appartient sans réserve à cette seconde catégorie. Son héroïsme ne consiste pas à vaincre, mais à consentir à la disparition du sujet. Il n’est pas un héros tragique au sens classique, car il ne lutte pas contre un destin ; il accueille la nuit comme seule issue possible.

IV. Analyse vocale : une écriture de la dépense et de l’épuisement

L’écriture vocale de Tristan traduit avec une cohérence implacable cette trajectoire intérieure. Le rôle repose moins sur des moments d’éclat que sur une tension continue, une dépense prolongée qui met à l’épreuve la résistance physique et psychique du ténor. La tessiture, constamment sollicitée dans une zone médiane et aiguë exposée, interdit toute installation confortable.

Wagner ne ménage aucun véritable espace de récupération. L’orchestre, dense et mobile, ne soutient pas la voix ; il la met en danger, l’oblige à se maintenir dans un état de déséquilibre permanent. Le chanteur doit projeter sans dureté, tenir la ligne sans rigidité, articuler le texte sans sacrifier la continuité musicale.

L’acte III constitue un cas unique dans l’histoire de l’opéra. Le long monologue halluciné de Tristan n’est ni une scène de bravoure ni une lamentation pathétique. Il s’agit d’une décomposition progressive de la conscience, où la ligne vocale épouse la fragmentation de la pensée. L’enjeu n’est pas la puissance, mais la capacité à préserver le sens dans l’épuisement, à faire entendre une pensée musicale alors même que le corps vocal est soumis à l’épreuve.

V. Interpréter Tristan : une histoire vocale et dramatique

La tradition interprétative de Tristan s’est construite dès l’origine dans une tension extrême. Le rôle est créé en 1865 par Ludwig Schnorr von Carolsfeld, dont la voix, encore héritière du romantisme allemand, se trouve confrontée à une écriture d’une densité inédite. Sa disparition prématurée contribue à forger le mythe d’un rôle dangereux, presque létal, et marque durablement l’imaginaire wagnérien.

Au XXᵉ siècle, Lauritz Melchior impose un modèle héroïque fondé sur une endurance hors norme et une projection souveraine. Son Tristan, souvent associé à Kirsten Flagstad, demeure monumental, stable, presque apollinien. La nuit wagnérienne y conserve une grandeur sonore inscrite dans une esthétique de la domination vocale.

Avec Wolfgang Windgassen, le rôle s’humanise. Moins massif, plus mobile, attentif à la diction et au texte, Windgassen inscrit Tristan dans une dramaturgie psychologique affinée, en adéquation avec l’esthétique épurée du Bayreuth d’après-guerre. Le rôle cesse alors d’être uniquement un défi vocal pour devenir un espace d’exploration intérieure.

Une étape singulière est franchie avec René Kollo, notamment dans la version dirigée par Carlos Kleiber, face à Margaret Price. Kollo propose un Tristan tendu, parfois fragile, presque anti-héroïque. Margaret Price évoquera elle-même un véritable « ovni », tant l’équilibre traditionnel entre lyrisme, projection et héroïsme s’y trouve déplacé. Tristan y apparaît comme un être exposé, au bord de la rupture.

Les lectures contemporaines prolongent cette intériorisation. Clay Hilley, récemment salué au Gran Teatre del Liceu, incarne un Tristan profondément nocturne, construit sur la continuité du souffle et la tension psychologique plutôt que sur l’éclat héroïque, aux côtés de Lise Davidsen. Parallèlement, Andreas Schager réaffirme une dimension tellurique du rôle, alliant projection exceptionnelle, endurance et clarté dramatique. Enfin, la prise de rôle annoncée de Michael Spyres au Metropolitan Opera ouvre des perspectives nouvelles : une approche fondée sur la plasticité vocale, la ligne et l’intelligibilité du texte, susceptible de renouveler en profondeur la perception du rôle.

Conclusion

Tristan est le héros de la nuit, non parce qu’il aime avec excès, mais parce qu’il ne peut plus vivre dans la lumière du monde. Wagner fait de lui une figure limite : celle d’un homme pour qui l’amour n’est pas promesse d’avenir, mais voie d’extinction, négation de la volonté et abolition du moi. Tristan et Isolde n’exalte pas l’amour romantique ; il en explore la dimension la plus radicale et la plus sombre, là où aimer revient à consentir à disparaître.

NC

Bibliographie de référence
(Sources et références littéraires ayant servi de base à la rédaction de la présente publication)

– Barry Millington, Tristan und Isolde, Cambridge Opera Handbooks, Cambridge University Press.
– Jean-Jacques Nattiez, Wagner androgyne, Christian Bourgois.
– Alfred Lorenz, Das Geheimnis der Form bei Richard Wagner, Max Hesse Verlag.
– Deryck Cooke, I Saw the World End, Oxford University Press.
– Ernest Newman, The Life of Richard Wagner, vol. III.
Guide des opéras de Richard Wagner, Fayard.
L’Avant-Scène Opéra, Tristan et Isolde.

Group

Cet article est protégé

En savoir plus Cet article est protégé par les droits d’auteur. Toute copie ou reproduction est strictement interdite.
LES ARTICLES SUIVANTS SONT SUSCEPTIBLES DE VOUS INTÉRESSER
PARSIFAL ET LA CULPABILITÉ
par Éric EUGÈNE

La culpabilité est l’un des thèmes essentiels de la pensée religieuse de Wagner. Elle est au centre de Parsifal, son œuvre ultime, et trouve son expression dramatique dans plusieurs personnages dont Amfortas, qui ne cesse de se lamenter et se déclarer « seul pécheur parmi tous (ich, einz’ger Sünder unter… (Lire la suite)

LES LUNETTES DE RICHARD WAGNER
par Luc ROGER

L’exposition sur la période munichoise de Richard Wagner qui s’est tenue en mai 2013 à la Bayerische Staatsbibliothek (Bibliothèque d’Etat de Bavière) de Munich présentait une paire de lunettes de lecture ayant appartenu au compositeur. Les lunettes étaient présentées avec leur étui sur lequel est gravé le mot « Lesung… (Lire la suite)

Mvrw schnorr tristan carolsfeld
Genre

Les opéras et drames musicaux.

Titre original :

Tristan und Isolde (WWV90)

Opéra (action musicale) en trois actes.
Livret et musique de Richard Wagne.
Créé le 10 juin 1865 au Théâtre Royal de la Cour de Bavière, à Munich, sous la direction de Hans von Bülow.

Sommaire
„Wen ruf’ ich zum Heil, daß er mir helfe? Mutter, Mutter! Gedenke mein!” : dans quelle situation Siegfried chante-t’il ce cri désespéré appelant à l’aide ?
Réponse :

Lorsqu'il est surpris de découvrir que sous l'armure (Brünne) se trouve non pas un homme endormi, mais Brünnhilde.

Newsletter

Pour recevoir nos informations, inscrivez-vous à notre newsletter.

LIENS UTILES
Pas de liens utiles
TAGS
Partagez cette page avec vos amis !

Nous contacter

16, Boulevard Saint-Germain 75005 Paris - France

Français / English / Deutsch