555 1148 image ens monod
Naissance :

le 7 mars 1844 à Ingouville (Seine-Inférieure)

Mort :

le 10 avril 1912 à Versailles

Historien.

Les salles d’expositions permanentes

Section I

UNE VIE

Section II

DANS L’INTIMITÉ DE RICHARD WAGNER

Section III

UNE OEUVRE

Section IV

L’AVENTURE DE BAYREUTH

Section V

ILS ONT CRÉÉ WAGNER ET LE MYTHE WAGNÉRIEN

Section VI

 LIEUX DE VIE, LIEUX D’INSPIRATION

Section VII

WAGNER POUR LA POSTÉRITÉ

Section VIII

 WAGNER APRÈS WAGNER
Les salles d’expositions permanentes

Section I

UNE VIE

Section II

DANS L’INTIMITÉ DE RICHARD WAGNER

Section III

UNE OEUVRE

Section IV

L’AVENTURE DE BAYREUTH

Section V

ILS ONT CRÉÉ WAGNER ET LE MYTHE WAGNÉRIEN

Section VI

 LIEUX DE VIE, LIEUX D’INSPIRATION

Section VII

WAGNER POUR LA POSTÉRITÉ

Section VIII

 WAGNER APRÈS WAGNER
Scroll left 1 svgrepo com

Gabriel MONOD

par Eric EUGENE

555 1148 image ens monodWAGNER TEL QU’IL A ÉTÉ CONNU PAR GABRIEL MONOD

« J’aime la musique de Wagner, mais je déteste l’homme ». Un tel jugement, tout réducteur qu’il soit, est pourtant devenu une vérité d’évidence. Wagner est certes apprécié comme compositeur, mais il est aussi considéré comme un égocentrique raciste, menteur, intolérant et manipulateur. La cause semble désormais entendue. D’où l’intérêt, pour sortir de ces poncifs, de faire parler ses contemporains, ceux qui l’ont fréquenté, ont échangé avec lui pour avoir l’occasion de mieux cerner sa personnalité. Parmi ces derniers, un témoin nous intéresse tout particulièrement il s’agit de Gabriel Monod (1844-1912) qui a connu Wagner et l’a fréquenté à diverses reprises.

Gabriel Monod était issu d’une illustre famille protestante qui avait donné bon nombre de pasteurs et donnera par la suite des industriels, des scientifiques, des médecins et même un prix Nobel. Normalien, Gabriel Monod fut reçu premier à l’agrégation d’histoire (devant Ernest Lavisse) et enseigna dans diverses institutions prestigieuses (ENS, EPHE, Collège de France). Il fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques et, inaugurant ainsi une nouvelle école historique fondée sur la recherche et l’analyse des sources, il créa la Revue historique qui existe toujours aujourd’hui. Depuis la revue a compté parmi ses responsables des historiens comme Georges Duby, René Rémond, Jean Favier ou Jean-François Sirinelli. Figure exemplaire de l’intellectuel de gauche, Monod fut, en novembre 1897, le premier universitaire français à s’engager pour Alfred Dreyfus. Il fut ainsi l’une des cibles privilégiées de Charles Maurras qui parlait de « l’Etat-Monod » pour dénoncer son influence intellectuelle considérable dans l’Université et la société française.

En 1866, Gabriel Monod fit la connaissance du fils d’Alexandre Herzen (1812-1870), le célèbre révolutionnaire russe, lors d’un séjour d’étude à Florence. Introduit dans cette famille, il se lia d’amitié avec Malwida von Meysenbug (1816-1903) qui avait la charge de Nathalie et Olga les deux filles de Herzen. Monod tomba amoureux d’Olga (qui avait 16 ans à l’époque) et finit par l’épouser en 1873. C’est ainsi que Monod fut amené à connaître Richard Wagner.

En juin 1868, lors de sa création, Monod avait entendu avec enthousiasme Les Maîtres chanteurs de Nuremberg. C’est donc assez naturellement qu’il se joignit à Malwida von Meysenbug pour assister, le 22 mai 1872, à la pose de la première pierre du Festspielhaus de Bayreuth. C’est là que Wagner lui fut présenté. Monod retourna à Bayreuth en 1876 pour la création du Ring en manifestant la même admiration. Pendant le temps du festival, il fut reçu à de nombreuses reprises chez Wagner à la villa Wahnfried où il eut de nombreux entretiens avec le compositeur. Et c’est en revenant à Paris qu’il écrivit à Wagner pour lui exprimer la profonde impression que lui avait causé le Ring tout en formulant le regret que la Capitulation, une farce d’actualité assez grotesque écrite par Wagner en novembre 1870, rendît difficile pour le public français une appréciation impartiale de ses œuvres. Wagner répondit par une longue lettre datée du 25 octobre 1876 dont nous parlerons plus bas.

Monod revint à Bayreuth en 1896 pour la reprise du Ring de 1876. De retour à Paris, il ajouta aux portraits des membres de sa famille les souvenirs qu’il gardait du festival de 1876 dans un ouvrage intitulé Portraits et souvenirs (Paris, Calmann-Levy, 1897). Les pages consacrées à Wagner (p. 269-308) sont des plus intéressantes venant d’un intellectuel d’une telle envergure.Il répondait tout d’abord aux accusations d’intolérance lancées contre Wagner :

Cet homme que certaines intempérantes polémiques ont fait taxer d’intolérance et exclusivisme, avait le goût le plus large, et je l’ai vu parler avec feu des mérites de la musique italienne et de la musique française, mais il est vrai qu’il s’élevait vivement contre les musiciens français qui voulaient lutter avec les Allemands en empruntant leur style et leur inspiration au lieu de rester dans la tradition nationale de Rameau, de Grétry, d’Hérold et de Gluck. (…).

Il en venait ensuite à sa personnalité :

Ce qui faisait son charme et son ascendant, c’était la variété prodigieuse de son humeur, cette puissance torrentueuse de tempérament qui éclatait tantôt en saillies énormes, en calembours dont il riait comme un enfant, tantôt en accès de colère et d’indignation, où il ne respectait rien, ni titres, ni rangs, ni amitiés, plus souvent en élans d’enthousiasme où rayonnait son originalité poétique, l’universalité de son esprit et de ses connaissances, sa force de pensée. Pour savoir ce qu’il était, il fallait l’avoir vu successivement s’amuser avec les enfants, rire et plaisanter avec les sœurs Lehmann, gourmander ses acteurs, causer de philosophie ou d’art. La tendresse égale que lui portaient les enfants du premier mariage de sa femme et les siens propres en disait long sur la richesse de son cœur. (…).

Cette spontanéité de nature, cette excitabilité incoercible, unies à tant de sérieux, de profondeur, de bonté foncière, d’élévation intellectuelle et morale, commandaient à tous ceux qui l’approchaient, avec l’admiration, la sympathie. Il ne connaissait pas la rancune et il lui était impossible de lui garder rancune, ni de ce qu’il avait pu faire, ni de ce qu’il avait pu dire ou écrire. On finissait toujours par penser : « Es war nicht schlecht gemeint (il n’y avait pas là mauvaise intention). »

Wagner Une capitulation, Leduc.djvuPour aborder, enfin, l’affaire de la Capitulation :

Les Français qui venaient à Bayreuth avaient encore sur le cœur la bouffonnerie épaisse écrite par Wagner en janvier 1871 (ici Monod se trompe car le texte date de nov. 1870) et intitulée Une Capitulation qui leur paraissait alors inspirée par une mesquine animosité contre les siffleurs de Tannhäuser et ils éprouvaient quelques scrupules à lui tendre la main. Ces scrupules s’évanouissaient bien vite quand on avait avec lui une franche explication, et surtout quand on avait vu avec quelle sauvage indépendance, avec quelle irrépressible humeur il s’exprimait sur tout et sur tous, amis et ennemis ; avec quelle haute impartialité, quelle intelligente sympathie aussi, il jugeait les nations étrangères et leur génie, et quelles sévérités son patriotisme pourtant si ardent savait exercer contre ses propres compatriotes.

Cette affaire de la Capitulation avait fait l’objet d’une mise au point par Wagner envoyée à Monod en octobre 1876 et dans laquelle le compositeur faisait observer à son interlocuteur que : « (…) ce qu(‘il avait) écrit au sujet de l’esprit français (il) l’a(vait) écrit en Allemand, exclusivement pour les Allemands : il (était) donc clair qu(‘il) n’a(vait) pas eu l’intention d’offenser ou de provoquer les Français, mais simplement de détourner (s)es compatriotes de l’imitation de la France (…). » L’argumentation de Wagner était pour le moins spécieuse, voire puérile (comme si les Français n’allaient pas lire le texte) et en même temps passablement injurieuse (comme si les Français devenaient des modèles à rejeter). Au demeurant Gabriel Monod n’en fut pas dupe et 20 ans après l’épisode il le jugeait ainsi :

La lettre bien connue qu’il m’a fait l’honneur de m’adresser en 1876, en réponse à une lettre où je lui exprimais, avec mon admiration, le regret qu’il eût blessé les Français par d’injustes et cruelles attaques contient la plus noble et la plus sincère expression de sa pensée sur les caractères du génie français et du génie allemand. Même sans admettre complétement l’explication apologétique (souligné par nous) qu’il donnait au sens de sa Capitulation, destinée, d’après lui, à railler les directeurs de théâtre d’Allemagne toujours prêts à piller le répertoire dramatique français, il est certain qu’il n’a jamais songé à flatter bassement les passions nationales. Sa parole comme sa pensée étaient libres de tout mobile intéressé. Il ne savait rien taire ni ménager. (…).

Monod ajoutait que pour juger les Allemands lorsqu’ils nous blessent, il faut toujours se rappeler « le fond d’intraitable franchise de Rücksichtlosikeit », qui est, selon lui « l’un des traits les plus nobles de cette nation si bien disciplinée ». Concluant ces souvenirs, l’éminent intellectuel universaliste et homme de gauche qu’était Gabriel Monod ajoutait que :

Wagner avait raison de penser qu’une œuvre d’art ne peut avoir une beauté durable, ne peut être vraiment humaine, ne peut enrichir le patrimoine commun de l’humanité qu’à la condition d’être profondément originale et nationale. C’est la vertu de l’art de prouver que les diversités nationales peuvent être un élément d’harmonie et d’union et non de lutte et de haine. Qu’y-a-t-il de plus allemand et de plus humain à la fois que Richard Wagner ?

E. E.

Group

Cet article est protégé

En savoir plus Cet article est protégé par les droits d’auteur. Toute copie ou reproduction est strictement interdite.
LES ARTICLES SUIVANTS SONT SUSCEPTIBLES DE VOUS INTÉRESSER
LE TANNHAUESER PAR FRANZ LISZT
(Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg, WWV 70)
par Franz LISZT

article paru dans Le Journal des Débats, 18 mai 1849 Le Tannhaeuser N.B. Richard Wagner, dont le dernier ouvrage fait le sujet de l’analyse suivante, partage avec Reissiger les fonctions de maître de chapelle du Roi de Saxe. Il est à la fois poète et compositeur distingué, et, de plus,… (Lire la suite)

ENTONNEZ CE CHANT, chant pour chœur d’hommes en ré bémol majeur, WWV 72 (Sur la tombe de Weber )
par Nicolas CRAPANNE

Titre original : An Weber’s Grabe. (am 16. Dez. 1844) (Hebt an den Sang) für Männerchor (1872) C’est à l’instigation de Richard Wagner que la dépouille mortuaire de Carl Maria von Weber, alors à Londres où le compositeur était mort le 5 juin 1826, fut ramenée à Dresde. Quel hommage… (Lire la suite)

555 1148 image ens monod
Naissance :

le 7 mars 1844 à Ingouville (Seine-Inférieure)

Mort :

le 10 avril 1912 à Versailles

Historien.

Sommaire
« Achevé à Wahnfried le 21 novembre 1874. Je ne dis rien de plus !! R.W. » À quoi se réfèrent ces mots de Wagner ?
Réponse :

À l'achèvement du Crépuscule des dieux. Il s'agit de l'inscription finale sur la partition définitive du Crépuscule des dieux, laquelle constitue en fait la conclusion de vingt-six années de travail sur la partition du Ring.

Newsletter

Pour recevoir nos informations, inscrivez-vous à notre newsletter.

LIENS UTILES
Pas de liens utiles
TAGS
Partagez cette page avec vos amis !
\n \n \n \n

Nous contacter

16, Boulevard Saint-Germain 75005 Paris - France

Français / English / Deutsch