L’intégralité du cycle de La Tétralogie a pu être créé au Festspielhaus de Bayreuth, et comble de bonheur pour les premiers wagnériens qui ne purent se rendre sur la Colline Verte – car l’engouement pour la musique de Richard Wagner s’inscrit désormais dans un mouvement artistique à travers toute l’Europe – Richard Wagner autorise la représentation du cycle du Nibelung hors de Bayreuth. Ainsi renonce-t-il à toute exclusivité de mise en scène et fait rayonner son œuvre dans toute l’Europe, puis bien au-delà. Parmi les « fidèles » autorisés par le compositeur à représenter La Tétralogie (dans un premier temps) en Allemagne, il y a imprésario Angelo Neumann : celui-ci propose ainsi le Ring au théâtre municipal de Leipzig en 1878, puis au Viktoria-Theater de Berlin en 1881.
Si Wagner renfloue en partie ,par l’entreprise inespérée du directeur de l’Opéra de Leipzig, les caisses d’un Festival dont la première édition a creusé un déficit d’une importance colossale, c’est dans l’objectif de l’avènement d’une nouvelle œuvre. En vertu du pouvoir créateur de Wagner, 1877 marque en effet la naissance de Parsifal. Œuvre emblématique, moquée par les adversaires du compositeur qui y voient un christianisme mièvre de fin de siècle, véritable chant du cygne pour les autres, la composition de Parsifal commence par l’écriture du poème que le compositeur-dramaturge achève en à peine quelques mois.
Malgré sa brouille avec Nietzsche (qui, entre-temps, a fait paraître son Humain trop humain), malgré ses combats (il s’engage notamment dans une lutte contre la vivisection), malgré les alertes d’une santé préoccupante, Wagner achève assez rapidement, en 1879, la composition musicale de Parsifal.

Wagner organise donc son deuxième Festival et prévoit la création de Parsifal à Bayreuth pour 1882. Le travail est énorme : se mêlent soucis techniques et – une fois encore – financement compliqué. Par ailleurs, un sentiment fortement antisémite s’est largement développé en Allemagne, occasionnant une situation de crise à Wahnfried. En effet, c’est le chef d’orchestre Hermann Levi que Wagner a choisi pour diriger la création de Parsifal. Ce choix ne fait pas l’unanimité et le compositeur reçoit des lettres l’accusant d’entacher ainsi la soi-disant pureté de son œuvre. On accuse en outre anonymement Cosima d’avoir une liaison avec le chef d’orchestre. Levi, blessé, s’éloigne mais il est rattrapé par Wagner : c’est lui qu’il veut pour créer son Parsifal et personne d’autre. Le succès de l’ultime opéra de Wagner est immense, et – phénomène incroyable – pour la première fois, les comptes du Festival sont au vert.

NC
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